LIVRE ni
Mon père se grattant la tête
S*écria : je suis une bôie !
Où je pense avoir rencontré
Le lie^u par l'oracle montré ,
Ou nous devons vivre à notre aise;
Mais je me tais ou qu'on «e taise ;
Quelqu'un encore chuchota ,
Mais enfin chacun écouta.
Puis mon père par un sourire
Donnant la grâce à son bien dire^
Nous dît avec autorité :
« J'ai feuilleté , refeuilleté ,
« Comme on sait , toutes nos chroniques ,
« Aussi véritables qu'antiques.
tt Or, est-il qu'en mes jeunes ans,
« Je pense avoir trouvé dedans /
« Que d'une île , Crète nommée ,
« Pour ses cent villes renommée^
^ . a Nos prédécesseurs sont sortis ,
« Mules 9 femelles et petits. •
« Teucer menait la caravane
« Dans une superbe tartane^
« Et suivi de ses Candiens,
« Occupa les bords Uhéiiens.
« Pergame n*était point encore,
« Chacun y vivait en pécore j
« Et sous terre au pied des coteaux.
« Les gens logeaient comme brutaux.
« De là vient que tant on révère
« Des Dieux la mère, ou la grand'mère,
« Cybèle et sps adorateurs;
« D'Ida les sombres profondeurs,
« La folie troupe Corybanie,
« Hippomèuc et son Alalanle
l'JU L'ÉKÉIDE TRAVESTIE.
« Au sacré char assujettis
« Pour avoir cru leurs appétits;
« Mais quoique lion et lionne
« Ils ne mordaient pourtant personne.
« Courage donc, mes chers amis,
« Courons ù ce pays promis j
« C'est là que Phœbus nous appelle.
« Je veux bien que Ton me flagelle^
« Si nous n'y sommes dans trois jaurs,
« Quoiqu'ils soient encore fort courts.
« Mais avant, par des sacrifices^
« Rendons-nouslesgrandsDieuxpropiees;
« Car souvent la mer et les vents
« Font enrager les pauvres gens. »
Ainsi parla monsieur mon père.
Et puis achevant sa prière »
A Neptune le Dieu de l'eau.
Tout ainsi qu'a Phœbus le beau , Deux beaux grands taureaux nous brAiâmeSf Bi puis après nous régalâmes L'hiver d'une noire brebis^ Et pour qu'il soufflât pro nobis, C'ast-à-dire au cul du navire, D'une blanche le doux Zéphyre , Vent qui ne fait jamais sur mer D'action qu'on puisse blâmer.
En ce temps-là la renommée Qui souvent est mal informée. Et n'enrage pas pour mentir, Faisait hautement retentir Une nouvelle d'importance:
Que pour aimer trop la finance , Et pour avoir, trop imposé Sur son pauvre peuple épuisé.