‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 61 sur 116 · LIVRE IV. 3M · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 3M

Et pourtant ii'es pour lout potsrge, Qa'uB bourgufemestre de Caribage, Quel ^t le chemin que tu prends?

Qu'en diront messieurs tes parents?

Qu'en dois-je dire, moi ton père?

Qu'en doit dire Vénus ta mère?

Elle en peut dire et dira bien ^ Qu'un bâtard oe vaut Jamais rien.

Et qu'en dira ton fils Âscagne , A qui le pays de Cocagne Est promis par Tarrét des Dieux?

A moins que d'en être envieux Qui doit en faire la eonquéte , Pour le voir couronne à la tête »

Que toi qui n'as que du caquet , Et qui t'es découvert coquet.

Sans cesse il me tient ce langagcu Mais en voici bien davantage , Après quoi je ne dis plus rien ; Et de cela vous pouvez biee Me croire , ou si vous ne le faites ^ Je dirai partout cpie vous êtes Femme tèuie^ et sans liaison; ^ Je vouSl dis donc, sans trakisot ^ Et sans mentir d'une parole »

Que Mercsre , le Dieu qui vote Moins des ailes qtie de la main , En bftbit et visage bamain , Mais tout éclatant de lumière , A moi qui parle et ne mens guère , Auprès d'ici s'est présenté > Si je ne vous dis vérité, Pirissé-je n'être qu'une bêtef.

Ce Dieu m'a bien lavé la tête ;

2M L'ÉNÊID£ TRAVESTIE.

a Mettez donc ia vôtre en repos,

fc Sans regret doDnez*moi campos^

« Ou bien je le saurai bien prendre,

« Quand on me devrait faire pendre;

« Je verrai le pays Laiin,

« J'y suis forcé par le Destin ,

« Et vous, par voire destinée,

« A vous passer de Maître Énée. »

Tandis qu'^Ënéas enfila

Le discours civil que voilà ,

Didon de raison dépourvue

Ne jeta point sur lui la vue.

Les yeux fichés sur le pavé,

Le visage de pleurs lavé ,

En son esprit bourru , la rage

Faisait un étrange ravage.

Enfin ses yeux elle darda

Sur Énéè , et le regarda

Depuis les pieds jusqu'à la tète,

Furieuse comme tempête ,

ICt puis lui dit ces mêmes mots :

« 0 le plus vil des animaux,

« Le plus dur et le plus sauvage,

« Et qui fais tant de l'homme sage,

(' Tu n'es qu'un sot, tu n'es qu'on fat ,

« Tu n'es qu'un larron comme un rai,

« Un coureur de franches lippées;

« Et tes suivants traîneui^ d'épées,

« Qui ne valent pas mieux que toi ,

« Ne seraient pas vivants sans moi»

« Tu le dis fils de Cylhérée,

« La chose n*en est assurée

« Qu*en tant que grand fils de guenon.

« Mais je sais bien , moi, la Didon,

. LIVRE lY. m

« Que Di Cythérée est ta mère^ 0 Ni feu Dardanus ton graud-père, « Et que toi qui fais tant du coq , « Ne fut jamais que fiis d'un roc.

Et qu'une montagne est ta mère, Que de telle mère et tel père, Il ne peut sortir qu*un caillou.

Non , je me trompe , c'est un loup Qui t'engendra d'une panthère; Aucuns disent une vipère , Qui te conçut d'un léopard ; Les autres disent un lézard , Qui t'engendra d'une tigresse; Autres un dragon d'une ânesse.

Un renard d'un caméléon } Un rhinocéros d'un lion ; Un crocodile d'une autruche; Un loup-cervier d'une guenuche ; Pour moi , je te mets au-delà De tous ces vilains monstres-là.

Pour dire de toi pis que pendre , Et de crainte de me méprendre , Je te tiens roc , roche, caillou , Panthère, léopard et loup ; Vipère, lézard et tigresse.

Je t'estime dragon , ânesse , Un rhinocéros, un lion , Un renard, un caméléon , Un faux crocodile, une autruche»

Un loup-cervier, une guenuche, Et pour achever mon sermon Je le tiens pire qu*un démon.

Pire qu'un diable qui t'emporte , Toi, ton fils, loute ta cohorte,

« Et moi, sotte carogne aussi ,

« De m'êlre embéguinée ainsi

« D'un mangeur de poule, un gendarme.

« Ai-je vu couler une larme

« De ses yeux? ai-je ouï sortir

« De sa bouche un petit soupir?

« A-t-il eu pitié d'une amante?

« Mais vainement je me tourmente,

• Il n'est qu'un pendard, un vaurien,

« Et Jupiter qui le voit bien ,

a Et l'ingrate Junon complice,

« Ne m'en feront jamais justice.

« On ne voit plus que des ingrats. . .

« Les voyez-vous refaits et gras ,

« Ces Phrygiens, que Dieu confonde,

« Délabrés, s'il en fut au monde,

« Transis de froid, mourant de faito }

c Qu'on eût fouettés pour du pain ,

« Pauvres d'habits, comme de mine,

« Sales magasins de vermine,

« Enfin véritables cagous. . .

« Et leur Roi , le plus gueux de tous ?

« Us sont venus en ce rivage

« Montrer leur affamé visage.

« Ils ont mangé comme des loups,

c Et quand ils ont été bien sous;

« Et contents comme rats en paille,

« Le capitaine , et la canaille

« S'en vont sans payer leur écot.

« Que maudit soit le pied d'écot,

« Et les pieds d'écols qui le suivent.

« Par moi seule les coquins vivent ,

« Us me quittent les vagabonds.

« Ah ! Je vais sortir hors des gonds ,

LlVAfi it. aM

La fiiredr saisit ma certelle.

Le traître me la baille belle.

Il m'allègue un Dieu Japiter^ Qu'il a peur de mécolitenter.

Et les oracles de Lyeie. « • Gomme si le Oiel se soucie De celui-là , de oelui*ci } Il serait bien oiseux ainsi.

Et puis , admirez Fimposture Il me vient jurer que Mercure , Sur ses ailes doubtos porté , A lui tantôt s'est présenté Pour bâter ce plaisant voyage.

Ah! Je n'en puis plus ^ j'en enrage!

Va y va y je ne te retiens plus Par mes reproches superflus ^ Va-t-en où ma fureur t'envoie , Que jamais je ne te revoie !

Va chercher ton pays latin.

Fuis-moi, cruel, suis ton destin.

Si le Ciel a quelque justice ^ Un écueil sera ton supplice ; Là , tu demanderas pardon , Là , tu réclameras Didon ; Didon, par toi tant offensée , Au lieu d'être récompensée !

Je te veux poursuivre, inhumain , Une torche noire à la main , Je t'en grillerai les moustaches < Homme le plus lâche des fâches; Et quand j'aurai fini mon sort, Tu me verras après ma mort, Et jour et nuit , fantôme horrible , Te lançant un regard terrible,

KM» L'ÉNÉlDE THAVESTIfi.

• Je te ferai partout : hou! hou!

« Je te ferai devenir fou !

« En enfer j'aurai la nouvelle

« Du désordre de ta cervelle. . •

ff Dieu sait si son vin il aura

« Celui qui me l'apportera.

« 0 chien , loup , liou, tigre» suisse!

« Que bientôt le Ciel te punisse!.. . »

Après ce joli compliment Qu*elle fit un peu brusquement , Elle lui tourna le derrière D'une dédaigneuse manière.

Le Seigneur lui fit un salut , Dire ses raisons lui voulut • .

De ses mains elle se dérobe, Lui laissant un pan de sa robe.

Il la ressaisit , Tembrassa; Elle se déserabarrassa , Sans vouloir ouïr la harangue Q prête sur sa langue ^

Sottement il la conjurait , Car lors grande risque il courait De ne lui dire rien qui vaille; Car tout criminel s*enlretaillc.

Enfîn, hii disant: a*oyez-moi.

Elle lui criant: ôie-toi.

Infidèle, ingrat» hypocrite; La dame gagna la guérite :

Et le laissa pour reverdir, Au point qu'il allait s'enhardir De ta payer d'un Apophihegme.

Il avait ja mis bas un flegme.

Car il crachait, toussait, mouchaitf Quand un discours il ébauchait.

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Mais la cruelle à toute bride., Le laissa discourir à vide.

Après cette reine qui court , Ses femmes ayant le nez court. Et les narines écachées»

Suivaient, faisant les empêchées f Maures à. la file marchants.

Gomme les vaches vont aux champs , La suivirent jusqu'à sa chambre , Où se dépouillant chaque membre.

Dans son grabat eUe se mit.

Dieu sait.si la dame y dormit.

Pour iEnéaSy quoiqu'en son âme Il aima tendrement la dame , Et que de se voir obligé De prendre ainsi d'elle congés Il eût un dépit incroyable; L'arrêt des Dieux irrévocable Fit, qu'il n'en relâcha pas moins De sa diligence, et ses soins , A faire travailler son monde.

Les uns poussaient les nefs à Tonde , Et les autres les épalmaient , Ou bien de rames les armaient.

Là, l'on cogne, là , l'on charpente, Là, Ton raccommode une fente; Chacun travaille à qui mieux mieux , Autant les jeunes que les vieux.

Ainsi les fourmis, ce me semble, Que le soin de l'hiver assemble , Pour picoter quelque boisseau De froment mis en un monceau , Vont au travail en grosse troupe, Chacun un grain de bled en croupe,

ses L'EN EIDE TRAYESTIK.

A la file s'entresuîvants.

Bel exemple pour les vîTants D'amasser leur froment en gerbe, Au lieu de le manger en herbe.

Il me semble que je les voi , Conduisant leur petit convoi.

Le chemin de fourmis fonrmille»

Sur leur dos noir le grain blanc brlHey On dirait des grains cheminants; Tant les allants que les venants N'occupent qu'une étroite voie, Où Pon traîne , porte , ou charroie.

Les uns en guise de sergents Font marcher les moins diligents j Les plus forts » les faibles soutieoDent ; Les uns vont^ et les autres viennent; Enfin tous travaillent fort bien En fourmis d'honneur et de bien.

Les nobles Troyens tout de môme.

Par une diligence extrême Equipent leurs nefs dans le port»

Dont Didon se réjouit fort.

Quelle fut alors ta pensée Ah! pauvre Didon insensée?

Dis-nous un peu combien de fois Tu joignis à ta faible voix, Qui faisait alors mille plaintes / De tes dix ongles les atteintes.

Et te fis des incisions Sans parler des contusions :

Lorsque lu vis sur ton rivage Qu'on Jouait à remu-ménage , Quelle fut ton affliction , Et jusqu'où fut ta passion ,

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