LIVRE IV
(^la dit, son maître pilote Donna le signal à la flotte ; Puis/i'un fourreau de maiocain, Tirant son glaive damasquin, .^néas en coupa le câble De l'ancre fiché dans le sable ; Et les autres chefs l'imitant, C'est-à-dire, en faisant autant^ l^es vaisseaux en mer s'élargirent , Les flots de voiles se couvrirent, El Ton ne vit plus dans le port Que vaisseaux qui prenaient Tessor.
Alors l'aurore violet te Laissa dans sa couche molette Le vieux Tiihon, un maître fou , De s'être enchevêtré le cou , Si vieux, d'une si jeune femme.
C'est une fort honnête dame, Qui tous les matins de ses pleurs Emperle, ce dit-on, les fleurs.
Lorsque la rive basanée Fut d'elle tout ensafranée, El qu'elle eut semé ses joyaux, Sur fleors, arbres, herbes ; roseaux; La Didon que l'amour réveille, Et lui met la puce à l'oreille, Se jette en bas de son grabat , Voyant que le point du jour bat , Ou plutôt blanchit sa fenêtre ; Elle s'y mrt.pour reconnaître Ce que faisait son cher ami , Lors pour elle un diable et demi.
Quand elle vit , la désolée , La flotte Troyenne envolée,
Et djins son port pas un vaisseau , Mais seulement quantité d'eau»
Elle frappa de sa main close.
Comme s'il en eût été cause , Son tant agréable museau, S'égratigna toute la peau , Fit cent actions d'une folle , S'appliqua mainte croquignolle , Pocha ses yeux, mordit ses doîgt^, S'arracha le poil plusieurs fois ; Puis se frappant deux fois la cuisse : « Il s'en va, dit-elle, le Suisse, « Et pour ne revenir jamais !
u Et toi, Jupiter, tu permets « Que je me trouve ainsi moquée »
« Dans ma propre ville escroquée, « Et sans pouvoir tirer raison « D*une si noire trahison ?
« Et personne de mon royaume, « Ne se fera donc Jean-Guillaume, « Pour étrangler à belles mains « Ce larron des plus inhumains?
« Ça, qu'on l'attrape , qu'on le gripe , « Ça, qu'on l'écorche , qu'on rélripe ; « Sortez, marchez, courez, volez, « Frappez, tranchez, tuez, brûlez.
« Ah ! que dis-tu, femme insensée?
« Ou diable est ta ra.isojn passée ?
« Ou diable as-tu mis ta vçitu?
« Pauvre femme à quoi sqnges-tu?
« 0 comme sans te donner trêve »
« Ton rigoureux destin t'achève!
c Qu'il eût bien fait d^e t'f^ssc^p^^er, « Quand tu te mis à iroj;) .^ef,