‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 75 sur 116 · LIVRE V. là · texte numérisé non relu

LIVRE V. là

« Pourquoi combattre à toute outrance « Les amis de ta révérence , « Gens pacifiques , gens de bien , « Et qui ne leur demandent rien?

« Eh! de grâce, seigneur Neptune, « Plus de calme » et moins de rancune. »

Tandis que ces mots il lâchait , iEnéas sa barbe arrachait.

Se cassait les dents de gourmades , Et meurtrissait de souffletades Son visage de pleurs couvert.

« Nous voilà donc tous pris sans vert! » Cria-i-il au bon Pallnure.

« Oui , répondit-il , je vous jure^ Quand Jupin même le voudrait,.

Puissant qu'il est, il ne pourrait, Nous conduisît-il en personne.

Par ce diable de vent qui donne, Nous mener où nous prétendons Faire mourir tant de dindons.

Quant à moi, si l'on veut me croire,.

Plutôt qu'être contraints de boire Plus que nous n'avons de besoin, La Sicile n'est pas trop loin , Où le brave Âcestës demeure :

Je suis d'avis que tout-à- l'heure.

Sans lutter contre mer et vent.

Ce qui perd les gens bien souvent.

Nos vaisseaux y tournent les proues.. •» ^néas essuyant ses joues De la manche de son pourpoint.

Car de mouchoir il n'avait point.

Dit : « Il faut croire le pilote , « €»r4lvoit bien que notre flotte,

« Contre ces démons Inconstants « Pourrait fort ra(al passer son temps. « Pires que mauvaises haleines, « Vents, de vos injustes fredaines « Je serai donc toujours le but!

« Et comme un homme de rebut, « Sa nier donc, toujours sur ses côtes, « De mes neià brisera les côtes!

c En Sicile, donc, de par Dieu!

« Il n'est point sur la terre un lieu « Que plutôt je choisisse et prise, « Excepté la terre promise , « Que celle qu'Acestès régît.

« Là, feu mon père Anchise git, « Vieillard qui valait un jeune homme I « Ça donc, amis, travaillons, comme « Doivent travailler gens de bien; « Notre travail ne va pour rien , « Recommençons donc de plus belle. »

Après une harangue telle, Qui le monde contenta fort , On entendit de bord en bord :

Sicile! Sicile! Sicile!

Tôt après se découvrit l'île, Objet qui les fit rire tous Comme des perdus Ou des fous.

Acestèâ, personne bien née.

Ramonait lors la cheminée.

Comme il était près de hurler Haut en bas! jusqu'à s*égneuler.

Aux nefs, banderôiles et garbes, Armes, habits, troyennes barbes, Il reconnut ses bons amis.

Aussitôt s'étant à bas mis ,

LIVKE Y. 3AI

Non sans avoir devant huée Là chanson, de voix enrouée , Il fut au port les recevoir.

Ih furent ravis de le voir :

D'une peau d*ours non etitamée, Sa large échine était arméiBy Et chaque main Tétait d*utt dard; One ne fut un meilleur soudard. Le collet fouppî d'accolades , Et les bras froissés d'embrassadei , Enfin las à faire pitié ^ Il cria : « C'est trop de moitié ^ « Âmis^ moins de cérémonie^ « Ou bien je fausse compagnie. »

Ainsi que le Seigneur voulut , Chacun rengaina son salut , Et ne se fit plus tant de fôte ; Et lui se mettant à leur tète, Ce qui ne fut pas laid à voir, Il les mena dans son manoir Sa petite case rustique , Ou sans beaucoup de rhétorique Il les reçut à cœur ouvert , 11 mit lui-même le couvert , Sa servante Barbe appelée, A la fontaine étant allée, Ils repurent tous à gogo, El puis après flrefnt dodo.

iEnéas ayant fait un somme Légèrement en honnête homme, Sitôt qu'il vit le point du jour, Il se saisit de son tambour , Et puis on sonna l'assemblée.

La troupe des Troyens troublée,

Uk L*iN£U>B TRAVBSTIX.

Car ils n'étaient point avertis»

Autant les grands que les petits S'assemblèrent demandant : qu'est-ce ?

A Tentour du sonneur de caisse.

Qui leur tint, cessant de sonner, Et n'entendant plus bourdonner, Ce discours, ou bien un semblable.

Monté sur une haute table :

a 0 mes fidèles compagnons»

Que j'aime autant que mes rognons.

Qui de Pergame en cendres mise Vous êtes sauvés en chemise.

Pour être par monts et par vaux Participant de mes travaux : L'année est , me semble , accomplie, Malheur que janiais je n'oublie, Depuis que la mort attrapa Défunt monseigneur mon papa !

Ce jour pour moi si déplorable.

Et pour moi toujours vénérable , Mérite bien un bout de Tan.

Daps le détroit de Magellan, Chez le Scythe, chez le Tartare, Chez le peuple le plus barbare.

Voire chez les Grecs, qui pour nous Sont pires que Topinambous, Enfin, au milieu deMycène, M'en dussé-je trouver en peine, Je célébrerais ce grand jour.

Aujourd'hui que par un bon tour Que Dame Fortune me joue, Dont ma foi beaucoup je me loue.

Nous sommes par les vents poussés Ou nous avons ses os laissés.

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