‹ Le Virgile travesti en vers burlesques (volume 2)Chapitre 76 sur 116 · LIVRE V. i · texte numérisé non relu

LIVRE V. i

Il but que je les solennise }

Préparons-nous-y sans remise ;

Prions les Dieux d'un zèle chaud ,

Que nous puissions trouver bientôt

Cette terre tant désirée,

Oii retraite étant assurée.

Et murs avec chaux et ciment.

Élevés magnifiquement ,

Tous les ans nous y puissions faire

Un solennel anniversaire.

Âcestès à chaque vaisseau

Donnera le père d'un veau.

Ou bien deux^ si je ne me trompe :

Demain à grand éclat et pompe

Un sacrifice l'on fera.

Où nos Dieux on invitera.

Et ceux de mon compère Âceste ;

Que chacun s'y rende bien leste.

Qu'on n'y fasse point les badins ,

Qu'on n'y vienne point en gredîns.

Ni les Dames en martingales,

En collets et chemise sales.

Mais avec leurs plus beaux atours,

Que l'on ne porte qu'aux grands jours»

Ferfri gratla, les dimanches ,

Et surtout des chemises blanches :

Et si le céleste flambeau.

Dans neuf jours paraît assez beau

Pour croire que de la journée

Eau du ciel ne sera donnée ,

Je vous proposerai des jeux,

Où je régalerai tous ceux

Qui remporteront l'avantage.

J'entends que le long de la plage

« Nos rameurs exercent leursbras.

« L'exercice des fiers -à-bras

« Sera le redoutable ceste;

« Pour la lutte, course^ et le reste ,

« Des jeux entre nous usités^

« Aux vainqueurs seront présentés

« Force joyaux, et ricbes nippes^

« Je ferai défoncer des pipes,

« On y boira de cent façons,

« On y chantera des chansons,

c Surtout celle de grand guenîppe.

« Moi-même à la main une pipe^

« Je boirai, je petunerai,

« Jusqu'aux gardes m'en donnerai }

« Car pour célébrer telle fôie,

c Je considère peu ma tête.

« Faites donc exclamation,

« En signe d'approbation ! »

Alors se fit une huée Dont mainte oreille fut tuée.

Toute la côte répondit Au son que ce grand cri rendit. Ayant fait signe de se taire, ^néas n'entendit plus braire, Et puis d'un visage courtois L'estomac encore pantois D'avoir crié conime les autres , Il dit : 1 0 camarades nôtres , « C'est fort bien crié, Dieu merci.

Puis ayant malgré lui toussi, Car il avait, s*il le faut dire , Criaillé trop fort, le beau sire ; Hais par excès tout il faisait , Dont bien souvent il lui cuisait.

Page 1