‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 113 sur 227 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Mais voici l'illustre Bomule Qui fut un bel homme de mule, De plus, bel homme de cheval* :

11 fera du bien et du mal, Car il doit faire bâtir Rome, Et tuer son frère, un brave homme; Son aïeul il rétablira, Son père au ciel l'attirera.

Veux-tu savoir pourquoi «on casque A deux cornes à la fantasque ?

Je te le dirois, mais, ma foi, Je ne sais pas trop bien pourquoi.

Mais j'oubliois, quant à sa race, Qu'il vient de droit fil d'Assarace. 0 le brave fils de putain, Que eet auteur du nom Romain !

Il fera mentir le proverbe.

La peste, qu'il sera superbe De voir les gens de lui sortis Faire enrager grands et petits !

Ainsi la vieille Bérécinthe, Grave comme une femme enceinte, Vénérable comme un prélat Qui prétend au cardinalat, Par deux maîtres lions tirée, Sur sa tête une tour carrée Qui lui fait ployer le chignon, Ses mains sèches sur le rognon, Sur un char propre à faire entrée Par la Phrygienne contrée, Va partout se glorifiant Seule, à soi-même se riant D'avoir, par sa vertu féconde, Mis tant de déités au monde, Plus de cent dieux, de compte fait, Qu'elle a tous nourris de son lait.

0 la succulente nourrice ï Mais j'aperçois de lt milice Le protomagister * César :

Ah! considéres-le bien, car Le drôle, avec sa tète chauve5, Sera, pour le noir et le fauve, Le plus fin chasseur des humains.

Il fera bouquer* les Romains, Eux qui font enrager les autres; 11 fera la gloire des vôtres, Et puis dans le ciel aura part, Mais à beaux grands coups de poignard.

Ah! le voici, le grand Auguste, Vaillant, courtois, beau, sage et juste! Dieu nous le devoit, sur ma foi; En esprit déjà je le voi Dedans Rome, aux Romains qui prône, Assis sur urt superbe trône; Mais ce n'est pas pour notre nez, Oui bien pour ceux qui seront nés Au temps de ce merveilleux homme, Qui, sans sortir les pieds de Home, Assujettira sous ses lois, D'un côté les tiers Bochellois *, De l'autre les faux Allobroges (Je ne parle point de Limoges, Car qui fait le plus, peut le moins):

C'est ce grand héros dont les soins Feront porter du Kbin en Gange Sans port une lettre de change, Et retourner d'un même train, Si besoin est, du Gange au Rhin.

Hercule à la lourde masque, Dacchus à la pique feuillue, Vrfr les rimailleurs tant vantés, N'ont pas tant d'honneurs mérités.

1 Les mots mule et cheval se réunissaient de la même façon dans beaucoup de dictons. On disait, par exemple, d'un homme pauvre et sans équipage, qu'il n'avait ni cheval ni mule. Vn bel [ou bon) homme de cheval était celui qui savait bien manier et dompter cet animal.

* Le premier maître.

3 On appelle bêtes mires, en terme de vénerie, les sangliers et animaux analogue» ; bêles fauves, les cerfs, biches, daims, chevreuils, etc.

* Être mécontent, de raauva.se humeur; enrager. On peut voir dans le Dkt. eottu de Leroux, l'explication du divertissement par lequel on faisait bmquer quelqu'un.

» Allusion & la prise de la Rochelle sur les protestants par Louis XIII, ou plutôt par Richelieu (1628).

Oh ! que l'homme qu'on voit bien faire Sert à tous d'un bel exemplaire!

Ce vieillard à bonnet carré1, C'est Numa, des Siens adoré Pour plnsieurs œuvres méritoires, Des oraisons jaculatoires, Des sacrifices solennels Et de beaux paremens d'autels Dont il introduira l'usage.

Tullus, qui suit, n'est pas si sage, Mais il est plus vaillant aussi; Et le vain Ancus, que voici, Fait bien voir à sa mine fière Qu'il aime fort le pied derrière *.

Voilà les paillards de Tarquins Aussi superbes que bouquins.

Voilà Brutus par trop sévère, Bon citoyen, et mauvais père, Mais, en gros, un brave Romain.

Ce vieillard, la hache à la main, C'est Torquat. «et autre est Camille.

Ceux qui les suivent à la file Sont les Dru se s et Curiens, Tous fort honnêtes citoyens Vois-tu ces deux qui s'entre-lorgnent, Et d'intention s'entr'éborgnent ?

C'est le beau-père et le beau-fils.

L'un d'eux se plaindra de Memphis ; L'un et l'autre grand capitaine, Dedans je ne sais quelle plaine Feront pions* et chevaliers S'entrechoquer comme béliers.

Tout beau, tout beau, valeureux sires, De grâce refrénez vos ires !

Oh! combien jasera l'écho Aux environs de Monaco, Quand l'un d'eux avec ses buccines, De ces roches du ciel voisines Descendra pour aller trouver Son gendre, et le clou lui river!

Mais, auparavant qu'il hii rive, Il faudra bien crier : Qui vive t Vous feriez mieux, beaux conquérans, De finir tous vos différends.

Tout beau, tout beau, valeureux sires, De grâce refrénez vos ires, Au moins toi, qui te puis vanter D'être parent de Jupiter. Celui qui détruira Corinthe, Cest cet homme à la face peinte, Qui sur le nez porte un poireau.

Cet autre fera du tombeau D'Achille une chaise percée, Et de la Grèce terrassée Tirera pleinement raison D'Ilium pris en trahison.

Voilà Caton qui fut un drôle *, Cossus, franc Amadis de Gaule5, Serranus, grand homme de bien, Gracchus qui ne lui cède en rien, Les deux Scipions, en la guerre Plus redoutés que le tonnerre ; Le mangeur d'ail Fabricius, Le temporiseur Fabius ; Enfin, je ne sais combien d'autres Issus de nous, ou bien des nôtres.

On voit en plusieurs nations De très-rares inventions :

1 Scarron coiffe Numa Pompilius d'un bonnet carré, à cause du caractère religieux et sacerdotal de son règne.

* Les révérences, les respects, s Fantassins.

* L'auteur donne ici un sens particulier au mot drôle, qui signifie comme déterminé, luron. '

8 Amadis de Gaule, dont les aventures étaient célèbres dans la littérature chevaleresque du moyen âge, était le type de l'héroïsme et de la fidélité. L'histoire d'Amadis de Gaule semble avoir été d'abord écrite en espagnol; en 1540, Iletberay des Essarta la traduisit en français, et l'augmenta. Ce héros, avec ses descendants, Amadis de Grèce. Amadis de l'Etoile et Amadis de Trébisonde, était pour l'Espagne ce que furent pour la France Cbarlemagne et ses dou*e pérr^— pour l'Angleterre le roi Arthur et les chevaliers de la Table ronde.

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