‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 116 sur 227 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

Et vous aussi, dame Caïetle, En laissant le mortel squelette Sur ces rivages sablonneux, Vous les avei rendus fameux :

jEneas Ht un sacrifice Pour le repos de sa nourrice, Qui lui revint à vingt écus, Quelque chose encore de plus.

J'ai déjà dit, ou j'ai dû dire, Qu'il fut prodigue, le beau sire, Et qu'il avoit le nez tourné À mourir un jour ruiné.

La cérémonie achevée, Et la lune s étant levée

Qui rendit les flots inconstans, A ce qu'il sembloit, tremblotans, Les vaisseaux du port démarrèrent, Les vents dans les voiles soufflèrent, Et firent aller les vaisseaux Aussi vite que des chevaux.

Les plus hardis Troyens blêmirent A l'aspect d'une île qu'ils virent :

C'étoit nie à dame Circé, Grande sorcière au temps passé.

L'astre qui la clarté nous darde La reconnoissoit pour bâtarde :

Je ne sais pas où ni comment 11 l'engendra charnellement,

aussi dans le Segraisiana (p. 126) que, lorsqu'il demanda mademoiselle d'AuHgné en mariage, il disait « qu'en attendant le voyage des îles, ils pourroient vivre commodément avec sa petite terre et son marquisat de Quinet. » Or, si ce projet de voyage était de 1848, le mariage étant dé 165t, on voit que les dates ne concorderaient guère. La biographie de Scarron est pleine de contradictions et d'incertitudes de détail.

Lui qui par sa vertu féconde Produit tant de choses au monde, Non pas toujours de la façon Que l'on produit fille ou garçon; Moins sais-je encor qui fut la mère Qui put brûler ce brûlant père, Mais je sais que d'un chaud pareil A celui qui vient < u soleil, Les enchantemens de la Fée Pouvoient rendre une âme échauffée, Et que ses yeux l'amour dardans Brûloient comme miroirs ardens.

Quand il lui venoit à la tête De faire d'un homme une bête, En moins d'un Benedicite Escamotant l'humanité, Tel homme, bien fait par nature, Prenoit une horrible figure, Se sentant enquadrupéder Sans oser seulement gronder ; Tel de beau jouvenceau sans barbe, Se voyoit changer, non en barbe, Won en genêt des mieux appris, Mais en limonier de bas prix ; Tel se piquant de peau doucette Se sentoit en poils d'époussette* Tout son cuir douillet hérisser, Et ses dents en crocs s'avancer, Devenu pourceau porte-soie; Tel aussi devenoit une oie Que l'on plumoit en la saison, Pour les coussins de la maison ; Tel étoit ours à rude patte, Et tel le mari dune chatte ; Tel lion, loup ou léopard, Éléphant, panthère ou renard, Perroquet, coq-d'Inde, écrevisse, Selon que vouloit le caprice De cette dame que je di,

Plus savante que Gaufredy *.

Bref, pleines étoient se» élables De mille brutes raisonnables Qui fa i soient un bruit là dedans A faire tressaillir les gens.

Ceux des nefs qui s'en effrayèrent A Jupin se recommandèrent.

Maître jEneas, qui redoutoit D'être plus bête qu'il n'étoit, Fit en ce péril si notoire tne oraison jaculatoire (Jaculatoire, à ce qu'on croit dejuculando vient tout droit).

Or Neptuuus, dieu débonnaire, Quoique souvent il fas?e faire A maint vaisseau le soubresaut, Sachant bien qu'il y faisoit chaud, Et qu'on devenoit bête (1ère Dans l'Ile de cette sorcière, Fit souffler un vent à propos Qui leur mit l'esprit en repos, Interposant mainte eau salée Entre eux et l'île ensorcelée.

Cependant qu'ils voguoient ainsi, Exempts de crainte et de souci, Et changeant leur froide tristesse En mille chansons d'allégresse, La mer du lever du soleil Hecevoit un éclat vermeil ; La lune et toutes ses suivantes (Ce sont les étoile» errantes) Se retiroient sans l'aire» bruit Ainsi que les oist aux de nuit, Et l'Aurore, franche coquette, Laissant ronfler dans sa couchette Son cocu caduc et grisoa, Se promenoit par l'horizon, Peignant la surface des choses D'une belle couleur de rose» :

« Une époussette était une petite brosse à poils roides, servant à nettoyer les habits ou les meubles.

* Louis-Jean-Baptiste Gauffridy était un prêtre de Marseille, qui fut accusé de s'être livré au diable par un pacte régulier, pour en obtenir le pouvoir de séduire les femmes en leur soufflant au visage- Il fut condamné au feu comme sorcier, par arrêt du parlement de Provence, en 1611. CeUe affaire ressemble beaucoup à celle d'Urbain Grandier, curé de Loudun, et tous deux sont restés célèbres dans les fastes de la sorcellerie.

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