‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 122 sur 227 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

Sur le promontoire Pachin,

Qui se trouvoit eu son chemin,

Elle pensa faire une pose,

Mais bien souvent ce qu'on propose

Rencontre contrariété.

Elle avoit son char arrêté

Pour donner haleine à ses bêtes :

Elle vit des Troyens les fêtes;

Elle auroit bien mieux aimé voir

Son Jupiter lui faisant noir ' ,

Lui faisant même une algarade 2,

Par exemple, d'une gourmade

Lui faisant application.

Car, après la correction,

La gourmade, n'en fût-il qu'une,

Est d'une vertu non commune.

La dame donc eût mieux aimé

Voir son mari contre elle armé,

Que de voir les soldats d'Énée

Passant gaiement la journée

Comme ils tâchoient de faire alors,

Niant et se traitant3 le corps,

Parce qu'à la troupe envoyée

On avoit la paix octroyée,

Et de plus à leur bon seigneur

Une pucelle en tout honneur.

Leurs nefs, à sec sur le rivage,

Ne craignoientplus vent ni naufrage; Loin de songer plus à nager, Ils travailloient à se loger, Dont Junon, plus qu'à demi morte, Se mit à parler de la sorte :

« Bon, messieurs les Troyens, bon, bon, Loin d'être réduits en charbon Comme votre ville de Troie, Vous n'avez que plaisir et joie, Et moi j'enrage de bon cœur, Moi de Jupiter femme et sœur !

Ont-ils pas leurs peaux garanties Du feu de leurs maisons rôties, Et dans leur ville prise pris, les ai-je vendus à vil prix?

Enfin les ai-je pu détruire?

Ma foi, je n'ai fait que leur nuire, Et ne leur ai nui que si peu, Qu'ils en tournent la chose en jeu.

Ne les vois-je pas, sur le Tibre, Qui vont tranchant du peuple libre, Et leur grand lourdaud d'iEneas, Qui va faisant le Fierabras, Faisant des forts, traçant des lignes?

Ah ! ma foi, mon beau Jean des Vignes 4, Si je laissois hausser vos forts, Vous iriez croire que je dors!

* Lui faisant mauvais visage.

2 Comme on dit non moins familièrement, un tour, une scène.

3 Se soignant.

* Terme proverbial, pour désigner un personnage sot et malavisé, qui s'enferre lui-même. On croit que cette locution vient de la bataille de Poitiers, où le roi Jean, au lieu d'accepter la capitulation proposée par l'ennemi ou de le bloquer jusqu'à ce qu'il se rendit à discrétion, faute de vivres, voulut l'attaquer, et fut vaincu en grande partie à cause des vignes qui entravèrent les mouvements de sa cavalerie. L'inexpérience que le roi montrât en ce jour l'aurait fait surnommer Jean des Vignes. En certaines locutions, par exemple dans celle-ci : Mariage de Jean des Vignes, tant tenu, tant payé, ce terme vient de gens des vignes. (Voir DicU des proverbes de Quitard.) — Le nom de Jean était ainsi accompagné d'une foule d'épithètes malsonnantes, ayant toutes une signification analogue.

Jean? que dire sur Jean? C'est un terrible nom, Que jamais n'accompagne une épithète honnête, Jean des Vignes, Jean logne. Où vais-je? Trouvez bon Qu'en si beau chemin je m'arrête.

(Deshouuère.)

Même sans être accompagné de l'une de ces épithètes, le mot avait quelque chose d'injurieux : c'est ainsi que l'appellation proverbiale de messire Jean se trouve employée dans Henri Estienne (Apolog- pour Hérodote), et dans une foule de

Je vous vais montrer que je veille;

Je vous vais faire à la pareille

Enrager votre chien de soûl.

11 faut se défier d'un fou :

Je vous apprends que je suis folle,

Et que je tiendrai ma parole.

Quoi! Mars, un soudrille, un fâcheux,

Tout mon fils qu'il est, un franc gueux,

A pu perdre la gent Lapithe !

Et Diane, une chattemite,

Qui fait la prude et ne Test pas,

A mis les Calydons à bas !

Et Jupiter la laisse faire,

Alors qu'il la voit en colère ;

Et moi, l'on me laisse enrager,

Au lieu de mes affronts venger !

Et moi, j'ai beau faire la guerre

Aux Troyens par mer et par terre,

Leur ouvrir en mer des pertuis

Profonds comme gouffres ou puits,

Et mes Charybdes et mes Scylles

Sont des embûches inutiles !

Ils en sont quittes pouv la peur,

Les gredins, les faquins d'honneur !

Sans me craindre, ni la marée,

Je leur vois la face assurée

Par la bonté du roi Latin,

Et leur destin sur mon destin,

Quoi que j'entreprenne, l'emporte !

Ma foi, je voudrons être morte,

Mais ma sotte divinité

M'exclût de la mortalité;

Il faut malgré moi que je vive,

Et que j'enrage toute vive,

De voir un homme haï de moi

En passe de devenir roi.

Mais devant qu'il porte couronne,

A sa détestable personne

Je ferai tant mordre lés doigts,

Fût-il pieux cent mille fois

Plus qu'il ne s'imagine d'être !

Mon mari, qui l'aime, est le maître, Mais ma tête, pleine de vent, Le fait enrager bien souvent ; Nous nous trouvons en ce rencontre, Lui pour JSneas, et moi contre :

Tous les dieux seront au plus fort, Mais tous les diables m'aiment fort, Et fourniront à ma colère Cent mille moyens de mal faire, Et de reculer bien ou mal Le jour de cet hymen fatal Du (ils de la putain céleste, Qu'autant que son fils je déteste.

Le Destin, un capricieux, Qui même gourmande les dieux, Voudra l'achever à ma barbe; Mais je jure par sainte Barbe, Ce qui m'arrive rarement, Car je n'aime pas le serment, Par sainte Barbe donc je jure Qu'il souffrira plus d'une injure, Et de retardement plus d'un, Ce soudrille souffle-petun, Devant qu'en face de l'église Il épouse la fille exquise Que cet impertinent Destin Lui garde chez le roi Latin.

Le fils de Vénus la Succube i , Aussi bien que le fils d'Hécube, Fera, par son hymen fatal, A plusieurs peuples bien du mal.

Latin, aux noces de sdri gendre, Verra du sang humain répandre, Et du vin moins on y boira Que de sang on y répandra.

Or çà, mettons la main à l'œuvre.

Une dame au crin de couleuvre, De qui le Diable même à peur, Parce qu'elle est de mon humeur,

pièces du dix septième siècle. Il en était quelquefois de même du mot Jean tout court. « Eh ! là, ris, Jean, on te frit des çeufs. » (Cyrano de Bergerac, le Pédant joué, II, 2.)

< On entend par Succubes des démons qui prennent la figure des femmes pour séduire les hommes. Les Succubes jouent un grand rôle dans les anciens procès de sorcellerie. Les Incubes étaient, au contraire, des démons prenant la forme d'un homme pour séduire le» femmes.

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