‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 127 sur 227 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

2fô

Quand elle en prend possession.

Grande fut son affliction, Grande en fut aussi la vengeance :

Les paysans, maudite engeance Qui n'entend raison nullement', Se saisirent brutalement Des premiers hâtons qu'ils trouvèrent, Et sur les Troyens se ruèrent, Qui tle l'animal maltraité Croyoient bien faire maint pâté.

Ils reçurent des bastonnades, Us donnèrent des platassades, Reçurent des coups de cailloux Qui leur firent bosses et trous, Et pour des trous et pour des bosses, Firent des blessures atroces.

Thyrrus, qui lors fendoit du bois, De rage se mordit les doigts, Quand on lui conta que sa bête, Par le procédé malhonnête Des étrangers outrecuidés, Avoit les flancs de fer lardés ; La face toute ref rognée, 11 courut, avec sa cognée, Se mettre à la tête des siens.

Iùlus, suivi de ses chiens Et de ses chasseurs pêle-mêle, Fait choir des coups dru comme grêle ; Les manans, selon leur pouvoir, Firent aussi des coups pleuvoir.

Alecton, la vierge infernale, | Les uns contre les autres halle *, * Et de ses exploits inhumains S'applaudit en battant des mains ; Elle vole, l'abominable, Sur le haut d'une vieille étable, Autant élevé qu'un jubé, Et là, d'un cornet recourbé

Qui fit du bruit comme un tonnerre, Elle émut le ciel et la terre, Mit les paysans en fureur, Et remplit les esprits d'horreur.

Plus d'un poisson du lac Trivie Par ce grand bruit perdît la vie, Et le petit fleuve du Nar En fit la cane ou le canard Se plongeant au fond de sa source, Dont tout court s'arrêta sa course, Et se séchèrent ses roseaux.

Velie en embourba ses eaux ; Plusieurs femmes en avortèrent, Ou tout au moins s'en dévoyèrent.

Le bruit du cornet infernal Aux voisins servit de signal Pour venir en grosse assemblée Tâter aussi de la mêlée; Les Troyens, aussi diligens, Du camp vinrent aider leurs gens :

Au lieu de bâtons et de gaules, Qui ne font frayeur qu'aux épaules, On vit le fer brillant agir, Qui de sang fit l'herbe rougir.

Comme on voit en mer la tourmente, Qui petit à petit s'augmente, De même ce mortel conflit Devint enfin grand de petit :

Almon, le fils aîné de Thyrre, D'un coup de flèche qu'on lui tire, Fut dans le gosier asséné, Dont il mourut fort étonné; Et le bon vieillard Jean Galèze, Paysan des plus à son aise, Fut aussi fort scandalisé De se voir le corps pertuisé.

Maints autres aussi qui moururent L'esprit mal satisfait en eurent ;

* Les paysans sont presque toujours fort maltraités dans les écrits du dixseptième siècle, comme les bourgeois et artisans. On peut voir l'idée qu'on en avait alors, non-seulement dans les ouvrages d'imagination, écrits même par des gens de modeste origine, par exemple, dans le Roman bourgeois de Furetière, le Francion et le Berger extravagant de Ch. Sorel, le Chevalier hypocondriaque de Du Verdier (dernier chapitre), mais même dans les écrivains d'un ordre plus élevé et les moralistes : madame de Sévigné, lettres écrites des Rochers ; le père Garasse, Doctrine curieuse, passim; la Bruyère, des Ouvrages de l 'esprit et De I \ homme, etc.

* Excite.

Mais plus qu'aucun fut estimé Mal et méchamment assommé, Ce Galèze, homme débonnaire, Qui ne vint pas là pour mal faire, Mais seulement pour y prêcher La paix et le meurtre empêcher.

De grasses brebis non galeuses Il a voit des troupes nombreuses, Des taureaux à î'équipolent*, Et dans son coffre maint talent.

Sa richesse et sa prud'homie Son trépas n'empêchèrent mie.

Tandis qu'ainsi de toutes parts Dagues, piques, flèches et dards, Aux gens de Troie 'et d'Italie Servent à passer leur folie, Alecton, voyant si beau jeu, Ne s'en réjouit pas un peu, Mais autant que le pouvoit faire Dame d'Enfer qui ne rit guère.

Toute flère elle s'en alla Trouver Junon, et lui parla Ainsi que vous l'allez entendre :

<r Madame, je viens de vous rendre Ce que je vous devois, et plus.

Les Dardaniens dissolus Ont voulu manger d'une bête Qui leur fera rompre la tête; Entre eux et le peuple Latin, Malgré les arrêts du Destin, J'ai semé tant de zizanie, Que de longtemps la Lavinie fie sera mise entre les bras, En même lit et mêmes draps De votre ennemi maître Éuée.

Dame Aimée est alectonée, C'est-à-dire que dans sa peau Elle a de diables un troupeau, Et le Turnus, comme la reine, A de diables la tête pleine, Etles manans ont, comme eux deux, Chacun au corps un diable ou deux.

Regardez, pour vous satisfaire, Ce qui me reste encore à faire. »

Junon, riant à tout cela,

Répondit : «Demeurons-en là, De peur qu'à mon mari qui frappe La patience enfin n'échappe, Et que son naturel frappeur Ne change en coup de poing ma peur ; Et puis tu sais qu'à la lumière Tu ne saurois t'exposer guère, Ni sortir de ton pays bas, * Que mon Jupiter de cent pas, Frappé de ta mauvaise haleine, N'évente que sur son domaine Quelque Furie et ses serpens Vient troubler le repos des gens, Retourne-t'en donc, je te prie, Ma laide, ma chère Furie, Regagne ton royaume noir :

Cependant, selon mon pouvoir, Et les Latines débauchées Et les querelles ébauchées J'espère si bien cultiver, Que je ferai tout soulever £t remplirai de brigandages, De séditions, de carnages, Et de mille accidens honteux, Les pays du roi radoteux Qui sottement au sot Énée A trop tôt sa fille donnée. * Alecton, ce discours ouï, Sans dire non, sans dire oui, Sur ses ailes de cartilage, Ses serpens sifflant leur ramage, Se guinda, maudit soit qui ment, Vers le ciel effroyablement/ Puis baissa bientôt vers \n terre, Le grand jour lui faisant la guerre.

Mais c'est à beau jeu beau retour, Elle fait la guerre uu grand jour.

Et la plus sereine journée Est par elle contaminée.

Elle se rensevelit donc Dans l'Enfer, où je ne fus onc.

La terre fut fort consolée De la voir en Enfer allée, Et je croirois bien que les cieux De son départ furent joyeux.

A l'équivalent.

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