LIVRE HUITIÈME
Il n'en sera ni plus ni moins, Si votts saTez tenir tos coins. »
L'esclave, gentille et fringante, En dansoit des pas de courante, Chantoit : « Liberté ! liberté l »
Reprenoit un air de fierté, Faisoit contorsions et mines, Toutes aimables, toutes fines; *»Mais pères et frères hurloient, Et déjà leurs armes prenoient, Dont il s'ensuivit grosse guerre Qui longtemps occupa la terre.
Tout près de cet enlèvement On voyoit faire le serment L'une étroite et longue alliance, Qui fut depuis de conséquence, Entre les sujets du Sabin Et ceux de ce fier carabin De Romulus ou de Romule, Qui fit lui-même la formule D'un traité de bonne amitié Dont je dirois bien la moitié Du contenu, si plus ne passe, Car depuis longtemps je ramasse Les articles de bout en bout; Mais le temps, qui dévore tout, M'en a privé d'une partie, Lui qui n'est pas à garantie Sujet en aucune façon.
N'est-ce pas une trahison Insouffrable, même fort noire, De nous enlever de l'histoire Les plus sûrs et meilleurs lambeaux, Dont tant et tant de grands cerveaux Se sont dérangé la cervelle A déterrer cette parcelle, Qui, satisfaisant leurs esprits, Auroit brillé dans leurs écrits?
Les Romains gardèrent les filles Avec le gré de leurs familles,
Mais ils les gardèrent sans bien :
La Sabine, pour dot, n'eut rien, Ce qui, dans le temps où nous sommes N'accommoderoit pas les hommes, Grands épouseurs, si gros argent De la fille est le contingent.
Là, plus haut, dans un réceptacle, Paroissoit le triste spectacle Ordonné par Hostilius Touchant le traître Mésius, Qui, sans rougir, tourna casaque A ce Romain, dans une attaque, Taisant la guerre aux Fidenats, Les inventeurs des cadenats, Dont il fut, par quatre haridelles, Mis en quatre égales parcelles, Qui le mirent au rang des morts En partageant ainsi son corps.
A gauche paroissoit l'histoire, Que force gens ont peine à croire, Du redoutable Porsenna, Que, dans sa fureur, asséna D'intention le fier Scévole :
Ce n'eût pas été poire molle ', Si sa dague eût bien rencontré:
Il l'auroit du moins éventré, Ce qui n'auroit, pour sa tripaille, En vérité, rien fait qui vaille.
Il rebroussa pourtant chemin, Emmenant avec lui Tarquin, Dont on conte histoire plaisante, A mon sens trop réjouissante Pour ne la pas coucher ici En détail un peu rétréci.
On conte donc qu'une Lucrèce, Belle, mais faisant la diablesse, La cruelle et revêche aussi, Avoit à ce tyran transi En plein donné dans la visière, Contrefaisant la minaudière,
* On disait ne promettre pas poires molles, ne point menacer de poires molles t pour faite des menaces sérieuses qui devaient être suivies d'effet :
Ils ont donc mes verres cassés ?
Dit Jupin. Ah ! c'est trop d'audace ; Ah ! vi aiment, je ne les menace le poires molles.
(Typhon, I.)
Et croyant que ce fier Tarquin Du moule de son casaquin Lui feroit, dans un hyménée, Sentir le poids quelque journée.
Parbleu ! la belle mit auprès, Dont s'ensuivit fatal décès, A peu près de cette manière.
Soit qu'elle fît toujours la fière, Chose rare dans ce temps-ci, Où, pour un simple grand merci. Souvent la plus fière donzelle, Encor mieux que la moins cruelle, De l'amour prend une leçon, Et laisse comme à l'abandon Aller au matou son fromage, Ce qui dérange le ménage, Met le désordre à la maison ; Encor veut-on avoir raison Et suivre des autres la trace, Tant on a poussé loin l'audace, Et tant le sexe féminin Est devenu doux et bénin !
Bref, notre vestale Lucrèce Fit ou ne fit pas la tigresse; C'est ce qu'on n'a pu bien savoir, Comme bientôt vous Valiez voir.
Tarquin n'en voulut pour épouse, Quoique de fois bien dix ou douze Il lui parlât de son amour Sans aucun espoir de retour.
Piqué de"perdre son amorce, Soit de gré, soit de vive force, Ce tyran voulut, par honneur, Cueillir le premier cette fleur Dont Lucrèce faisoit parade, Tant y a qu'elle eût bonne aubade.
Peut-être bien qu'il l'effleura, Car la belle se perfora, Ou d'un couteau trancha sa vie, Que ce Tarquin avoit salp Par cet endroit déshonorant.
Si ce fut après ou devant, C'est un point obscur dans l'histoire : Ce que je sais, c'est qu'à sa gloire Rome fit dresser des autels Pour qu'à l'avenir les mortels, Charmés d'un si sensible exemple,
Vinssent l'honorer dans son temple.
Mais retournons à Porsenna :
Avec lui Tarquin s'en alla, Ayant perdu toute espéranee De rétablir sa corpulence Sur l'éclatant trône Romain, D'où Rome l'a voit, en gredin, Chassé, ne voulant plus de maître ; Ce que Rome fit bien paroître, Établissant le consulat Qui se soutint avec éclat.
On voyoit là le brave Horace Suivre de Porsenna la trace, Faire sauter l'arche d'un pont Dont ce Porsenna fit un bond, Mais un bond partant de colère, Qui lui rendit l'air tout sévère.
Il bondit donc bien autrement, Quand il vit, presque au même instant, L'intrépide et fière Clélie A ses yeux faire la folie De passer à nage dans l'eau, Pour conserver sa belle peau De la libidineuse rage De ce tyran brute et sauvage, Toujours prêt, comme le grivois.
De brusquer un friand minois.
Là, Porsenna lève le siège, Et fait marcher son dru cortège Chez lui, par le plus court chemin, Pour conserver son parchemin.
Sur le bouclier, vers la cime, Le dieu Vulcain, savantissime En l'art de buriner l'airain, Avoit, de sa crasseuse main, Mis Manlius au Capitole, De Rome autrefois la boussole.
Qui le gardoit contre les Geths, Les Gaulois ou les Visigoths :
N'est-ce pas tout un, je vous prie, De peur que d'une menterie L'on ne m'accuse en cet endroit, Moi qui suis mon chemin tout droit?
J'aurois vrai chagrin, je vous jurt, Si j'allois faire telle injure A la savante antiquité, Sans demander la vérité.