‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 144 sur 227 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

Là paroissoit du roi Romule Le donjon et son vestibule, Le tout, couvert modestement De chaume, mais si simplement, Qu'il eût passé pour l'apanage Au plus d'un vacher de village, Encor dirai-je d'un hameau, Tant ce donjon paroît peu beau.

Sur la face on voyoit une oie Battant l'aile en signe de joie, Ou de chagrin, de voir les Goths Tous bienfaits, biensur leurs ergots, Grands cheveux blonds, belle parure, Sur leurs habits bonne dorure,^ Tous des mieux taillés et plantés, Bien armés, croupes et crêtes, Portant en main la javeline, Bonne cuirasse sur l'échiné.

Ainsi ces rusés de Gaulois Par les broussailles et les bois Marchoient de nuit droit à la ville ; Mais leur marche fut inutile, Car, au cri des faibles oiseaux, Le Romain courut aux faisceaux Et s'empara de la muraille, Où, s'étant là mis en bataille, 11 donna la chasse aux Gaulois, Dont plus de cent de ces matois Firent au fossé de la ville La cane, s'ils ne firent gille*.

A côté droit, des Saliens Et des prêtres Luperciens On voyoit la grotesque danse, Danse de grande irrévérence, Puisque l'on y dansoit tout nu, Chaque prêtre montrant son cul Aux plus chastes dames Romaines, Dont s'ensuivit Samaritaines.

Plus bas les gouffres de Pluton, Le triste séjour d'Alecton, Et les demeures infernales, Le vrai séjour des Saturnales, (KU'on fait souffrir maints tourmens , Où l'on voit grincemens de dents, Où l'on entend force blasphèmes,

Où l'on fait de trop longs carêmes, Où l'on ne voit que des crapauds, Des dragons et des lionceaux, Des chaudières d'huile bouillante ; Où, par l'ordre de Radamanthe, L'on sauce et ressauce les gens Qui n'ont pas été bons vivans.

Là, l'un fait pitoyable moue, L'autre toujours tourne une roue ; Celui-ci se trouve dans l'eau, Près de la bouche un bon morceau , Sans pouvoir ni manger lai boire ; Celui-là lit dans du grimoire; L'un est bouilli, l'autre roussi, L'un est grillé, l'autre farci ; Enfin c'est chose abominable, Que voir la boutique du Diable, Comme elle est sur ce bouclier.

Là, l'on y voit, tout le premier, Catilina dans la détresse, Mourant de peur ou de tristesse, Pour avoir des mieux conjuré, Et le nom Romain abjuré, Même son sang, et sa patrie, Ce qui sa gloire a fort flétrie.

Mais vous ne savez pas pourquoi ?

Le saurai-je donc mieux? Ma foi, J'ose avouer qu'en fait d'histoire Je n'eus jamais bonne mémoire, Surtout dans cette occasion.

Qui dit Romain, dit action Belle et d'honneur, toujours de mise; Aussi sans feinte et couardise,, Ce peuple a toujours combattu Pour la gloire et pour la vertu, Fors donc ce traître à sa patrie, Catilina, dont la folie Étoit d'avoir le consulat :

C'étoit donc bien pour lui, le fat !

Et parceNju'un autre eut sa place, Ce lime-sourd, de race en race, A laissé d'une trahison L'exemple et la punition.

Sans y penser, voilà l'histoire, Qui vaudroit bien un coup à boire,

« Firent le plongeon, s'ils ne s'enfuirent pas. Voir notre note 1, p. 53.

Si l'on buvoit en rimaillant, Comme Ton fait en travaillant; Car, en ouvrage d'exercice, On boit, on mange,oncause, on pisse, On fait l'amour, et quelquefois Ci travaille à planter du bois, '•\î qui vulcaniser s'appelle, '< îiez la moins coquette femelle.

.'luis, à propos du dieu Vulcain, Jo quitte souvent son burin.

i!ourrois-je en bien trouver la trace?

Oui peut occuper cette place, \ l'autre côté, vis-à-vis De ces infortunés réduits?

C'est le séjour de l'abondance, Où l'âme vit sans repentance, Sans chagrin, peine, ni douleur; Ayant toujours avec honneur Su profiter de cette vie, Sans se remplir de la folie Qu'on nomme excès de vanité, Et sans donner dans la fierté ; Bref, sans avoir, dans sa jeunesse, Témoigné la moindre faiblesse Pour la donzelle ou pour le vin, Nos ennemis, pour le certain, En ce que tous deux nous font faire Pour le plus souvent le contraire De ce que faire nous devons, Du moinSfcde ce que nous pouvons.

Là, le sage Caton, bon juge, Rend la justice sans grabuge, Montrant qu'il faut être pieux, Pour être au rang des bienheureux.

Dans un cartouche de dorure, Faisant du milieu la parure De ce bouclier si vanté, Vulcain avoit représenté Une mer de vagues enflée, Ou bien une onde boursouflée Par le combat ou chamaillis

De deux mutins de vents coulis.

On voyoit sur cette eau salée Une magnifique assemblée Des aquatiques habitans, Des petits, médiocres et grands, Tous attentifs à la curée Qu'Auguste dans cette contrée Leur préparoi t, dans un combat Où chaque poisson eut son plat.

Dans le centre, on voyoit les flottes Où turbots firent matelottes A la bataille d'Actium, Dont chantèient le Te Deum Les Romains dans le Capitole; Où, sans donner dans l'hyperbole, La musique qu'on y chanta Mille fois mieux s'exécuta Que cette fade mélodie Qu'on pourroit nommer rapsodie, Dont nous bercent les deux Campras* Avec leurs mauvais opéras.

Le vaisseau que montoit Auguste, Dont l'apparence éloit auguste, Paroissoit là, tout brillant d'or, D'autant plus qu'il portoit encor De Rome le Dieu domestique, Le sénat, avec sa boutique, A l'exception des greffiers, Qui n'étoient nullement guerriers, Ou qui ne jouoient de la hache Que sur le plancher de la vache.

On voyoit Agrippa surtout, Allant, courant, volant partout, Faisant donner de l'eau-de-vie, Vis-à-vis la flotte ennemie, Pour se préparer au combat, Où ce Romain avec éclat Gagna couronne triomphale, Que les Romains nommoient navale.

Antoine, des lointains climats Ayant riflé * jusqu'aux goujats,

* André Campra (1660-17U) donna ses deux premiers opéras sous le nom de son frère, à cause de sa place de maître de musique à Notre-Dame. Ce fut, en dépit de la plaisanterie de Moreau de Brasey, le meilleur compositeur entre iHitly et Rameau, et l'œuvre poétique de notre officier est loin de valoir les opéras de celui-ci.

* Rifler, enlever, s'emparer par force.

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