‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 145 sur 227 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

Croyant avoir le vent en poupe, Parok avec nombreuse troupe, Comme voulant morguer César.

Sur son bord, comme un Jaquemar, Il se contemploit dans sa suite.

Là tout près parok chattemite, La reine des Égyptiens, Des gueux, des filous, des vauriens * , L'incomparable Cléopâtre, L'unique inventrice du plâtre, De tous fards et décoctions, Et des autres brimborions Dont se sert la femme coquette, Quand d'amans elle veut emplette, Ce qu'elle voudroit en tous temps, Dans son hiver, comme au printemps.

Antoine, suivi des Barbares, Des Bactriens et des Tartares, De ces gens noirs comme corbeaux, Et de nombre d'Orientaux, A Cé*ar offrit la bataille ; Mais, pour ne faire rien qui vaille, Il ne devoit pas se presser Ni mal à propos commencer.

Cependant l'une et l'autre flotte Rudement se poussoient la botte, Et fuisoient si grand carillon, Qu'on en vit pâlir un saumon ; Autant en fit une écrevisse.

Pendant ce cruel exercice, On ne voyoit que dards en l'air Partir plus vile que l'éclair ; Que feux volans brûler les toiles, Les mâts, les cordages, les voiles ; Qu'hommes dans l'eau faisant effort, Pour se garantir de la mort.

L'un luttoit contre une barbue ; L'autre fuyoit une morue ; Celui-ci, le sabre en sa main, Se disputoit contre un dauphin.

Vaisseaux faisoient la cabriole, Dont fort se gobergeoit la sole; La mer en vit rougir son eau ; Antoine y perdit son chapeau,

Et sa donzelle Cléopâtre Y perdit son beau teint d'albâtre, Qui devint couleur de souci; Elle y perdit son sistre aussi, Dont elle ranimoit ses troupes, Qui, ne pouvant dans leurs chaloupes Manœuvrer comme dans un bord, Alloient luttant contre le sort, Voulant empêcher la baleine De les nicher dans sa bedaine.

Là, les dieux des Égyptiens, Tous des animaux, fors les chiens, Surleurs vaisseaux, tousen peinture, Faisoient trop rbible figure:

En effet, de voir un crapaud, Brette au côté, plume au chapeau, Rondacheau bras, au poing la lance, Sous Anubis, dont l'insolence Osa s'attaquer à Vénus, A Minerve, au dieu Neptunu*, C'est une vision grotesque Qui rend notre Maron burlp*quc.

Vulcain, au milieu des hasards., Avoit buriné le dieu Mars, Combattant d'estoc et de taille, Pour faire gagner la bataille A César, ce grand empereur.

On y voyoit, mais en fureur, La Discorde assez délabrée, Portant robe fort déchirée, Semer la crainte et la terreur, Le désordre avec le malheur, Sur la flotte de Cléopâtre, Cette princesse opiniâtre, Que Bellone d'un air serein Suivoit le fouet à la main.

Apollon, sur le promontoire, Faisoit une action notoire :

Armé d'un arc et d'un carquois, A César il tailloit du bois, Faisant des mieux jouer la flèche, Au grand délice de la sèche Et de ses confrères nageans, Qui donnoient le bal à leurs dents.

* L'auteur joue sur le double sens du mot égyptien, terme dont on se servait alors pour désigner les bohémiens et vagabonds.

Vulcain, lui, faisoit l'air austère, Et faisoit partir de cotère Ses traits plus vite que le vent, Dont on vit bouleversement, Chacun cherchant 1 fond de cale D'éviter sa main libérale.

La déroute chez l'Indien, Chez le Maure et l'Égyptien, Se mit d'une telle manière, Qu'on quitta le front de bandière.

Tout fuyoit en confusion :

La reine, avec attention, Vouloit, par une prompte fuite, Se mettre à couvert, et sa suite.

Elle invoquoit les vents, les dieux, Pour ne pas périr en ces lieux ; Mais les dieux, et les vents contraires, Avoient entre eux d'autres affaires Que de la tirer d'embarras, Ayant conclu que son trépas Devoit suivre cette bataille, Où les poissons firent ripaille.

Auguste enfin eut le dessus, Et mit à sec Antonius; Ensuite il fut, en galant homme, Reçu dans la ville de Rome, Où de triomphe il en eut trois, Et tous les trois, tous à la fois, Dans lesquels il fit la folie De vouer aux dieux d'Italie Trois cents temples tout d'un seul coup, Ce qui se fit de bout en bout.

Enfin, là, Vulcain représente Du Romain la joie éclatante, Les jeux, les applaudissemens Et les autres amusemens, D'un triomphe suite ordinafre,

Où chacun se fait une affaire De signaler sa vive ardeur.

Pour faire à César tout l'honneur Que méritoit telle victoire, Les dames chantoient à sa gloire Des hymnes au pied des autels, Et les prêtres des Immortels, Pour l'expiation des crimes, Égorgeoientdes boeufs pour victimes.

Bref, sur une selle à trois pieds, Sans dais ni sans tapis de pieds, On voyoit le maître de Rome, Assis comme l'est un autre homme, Même avec bien moins de façon, Devant le temple d'Apollon, Sans faire la moindre bévue, Passer les présens en revue Qu'apportoient et chefs et soldats De tous pays, de tous climats.

Figurez-vous la grande joie Qu'eut le héros sorti de Troie, Quand il eut tout considéré Et ce tout longtemps admiré.

Au ciel il éleva sa vue, Puis, soupirant sur la cohue Qui devoit régner après lui, Il prit Pallas pour son appui, Et fut sur le port, où ses troupes Par ordre montoient les chaloupes Pour arriver dans les vaisseaux, Dont il devoit, fendant les eaux, Porter secours à son Iule, Qui devoit être de Romule Le père ou l'aïeul pour le moins ; Ce qui fit qu'il prit de grands soin Pour aller joindre sa séquelle, Que Turnus de tous points harcelle

LE

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