‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 146 sur 227 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

Tandis que le pieux Énée Vogue au gré de la destinée, Qu'Évandre rumine à loisir Sur le sensible déplaisir Qu'il a de voir sa géniture Prodiguer sa jeune fressure Aux coups d'un terrible ennemi, Pour servir son nouvel ami, Mais un ami né sans ressource, Sans feu, sans lieu, gîte ni bourse, Sans équipage, sans valet, Sans rosse, bourrique ou mulet, N'étant suivi, pour tout potage, Que d'Achate, de bon parage, Qui fut en tout lieu son tenant, Son bras droit, son ami constant; Tandis que toute l'Arcadie, Le Mantouan, la Lombardie, Les Cériens, Étruriehs, Les Toscans et les Phrygiens ; Enfin, tandis qu'en Italie

Chaque monarque a la folie D'aller secourir le Troyen, Junon sait trouver le moyen D'exciter son bon ami Turne, Tranchant pour lors du taciturne Dans le bois d'un de ses aïeux, Faisant le fond d'un vallon creux.

Junon, de la voûte azurée, Fait descendre en cette contrée L'aimable Iris portant beau teint, Visage frais, air doux, serein, Port de reine ou bien de Vestale, Tant son port éclatant étale Delà pudeur le passe -port.

Mais laissons là son air, son port, Afin d'écouter ce que chante Cette ambassadrice touchante.

Sifflée, en pouvez-vous douter ?

Que diantre auroit-elle à chanter?

A moins que Junon, en furie, Ne s'en serve en espièglerie

Contre le prudent iEneas ; De le berner n'est-on point las?

Iris tire droit au bocage ; Est-ce pour vendre un pucelage A ce Turnus de frais tondu, Sur l'herbe assis, dessus son cul?

Non, car, après la révérence Nécessaire en telle occurrence, Elle lui dit : « Mon beau monsieur, Je suis fort votre serviteur, Je veux dire votre servante; Junon, des cieux la présidente, S'offense de votre repos, Et veut que vous cassiez les os A ce Troyen à face blême, Qui depuis longtemps fait carême.

Il a quitté tous ses vaisseaux, Son camp, ses troupes, ses drapeaux, Et doit être à la cour d'Évandre :

Turnus, allez, courez le pendre; Prenez la poste, et, de ce pas, Partez pour lui rompre les bras Ou lui mutiler une jambe.

Vous êtes frais, dispos, ingambe, Hardi, vigoureux et vaillant- Mais non, allez brûler son camp, Comme on fait un nid de chenilles; Saisissez- vous de ses guenilles, De ses poulets, ses chapons gras...»

Turnus, alors, mit chapeau bas Pour haranguer cette Lucrèce.

Elle, aussitôt, tournant la fesse Vers la céleste région, Fit, en partant, un demi rond, Et gagna la voûte azurée Quasi comme une écervelée, Tant elle partit brusquement.

Turnus, darfs le même moment, La connut pour l'ambassadrice, Et le réservoir de malice De la furieuse Junon.

« Arrêtez donc, petit trognon, Lui dit le prince solitaire, Vous qui de ce beau luminaire, De la terre comme des cieux, Tenez cet éclat radieux Qui vous fait, sur les autres astres.

De cette voûte les pilastres, Briller d'un feu toujours nouveau.

Revenez donc, friand morceau, Dire qui vous a fait descendre Dans ce vallon pour me surprendre.

Est-ce la déesse Junon?

Ou Jupin ? pour celui-là, non :

Ce seroit pour moi trop de gloire, Si j'avois place en sa mémoire.

Venez donc, divin arc-en-ciel, Venez me raconter sa us fiel Si je dois prendre à bon augure Votre discours à ma ligure.

A tout hasard, daus cet instant, 4'obéirai, mais promptement. > Ces mots dits, il fit sa prière A sa coutume, à sa manière, Puis il fit marcher ses soldats, Ses équipages, ses goujats, Son suisse à barbe retroussée, Fit aiguiser sa grande épée, Tripoliser ses boucliers Et décrotter ses deux souliers; De plus endossa sa cuirasse, Pour épargner à sa carcasse Coups d'estocs ou bien d'espadons.

Ensuite il vit ses bataillons Et fit après marcher l'armée, Tremblante, et de crainte alarmée.

D'aller à la gueule des loups Risquer de gagner mille coups.

Messape menoit l'avant4garde, Portant en main sa hallebarde; Les deux Thyrée alors étpient Au corps de réserve, et march oient. Tous deux couverts de leurs rondaches; A l'arçon ils a voient des haches Qui coupoient ce qu'elles voyoientv Et qui personne n'épargnoient.

Partout éclatoit la dorure, Le passement et la guipure, Le clinquant et le gros velours, La peau de tigre et la peau d'ours.

Calque, voyant la poussière, Cria d'une voix meurtrière :

«Au voleur I au feu! mes amis; Troyens, voici les ennemis ! > >

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