‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 159 sur 227 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Soit là, soit dans mou ldalie, Dans mon palais toute sa vie, A lire et croquer le marmot Je l'occuperai comme un sot, S'il faut qu'il quitte la rapière Et qu'il soit un la Dindonnière; Après que les Carthaginois, Les Maroquins et les Chinois Viennent de loin donner l'aubade Aux ltales, gens à gambade, Hypocrites tartufiés.

Modestement mortifiés.

A quoi sert à ma géniture D'avoir conservé sa figure, D'avoir évité les dangers Des bancs de sable et des rochers, D'Éole les fréquentes frasques, Et des mers les tristes bourrasques; S'il ne peut dans ce continent Trouver place pour son ponent?...

— Trêve, trêve de raillerie !

Répondit Junon en furie; C'est bien à vous de raisonner, De commander et d'ordonner, Vieille folle de suborneuse, De soubrette, de raccrocheuse !

Attaquer la reine Junon En face de son vieux barbon, Est une punissable injure Au moins digne de flétrissure.

Mais que vient chercher si matin, Ton fils dans le pays Latin?

Parce que la folle Cassandre Lui fit jadis fort mal entendre Qu'il y planteroit son piquet, Y feroit trotter son criquet, Comme un capitaine Fracasse, Ce benêt d'Énée a l'audace De faire la guerre à Turnus ; De s'emparer comme un intrus De la montagne et de la plaine, Des terres son futur domaine ; De venir voler ses chapons, Ses bœufs, ses vaches, ses moutons, De faire à ses troupeaux la guerre, De couper tous ses grains sur terre, D'édifier un arsenal

Au milieu du pays natal

De ce pauvre prince Kutule,

Qui vit sans tache et sans macule ;

D'aller sur le mont Palatin,

Sonner le réveille-matin ;

Tandis que son cher fils Iule,

Tranchant déjà du fier Hercule,

Abat Rutulois et Latins,

Et fait bouquer les Laurentins !

—Paix-là! taisez.vous, bonne bête, Dit Jupiter, hochant la tête, C'est parler trop haut dans ces lieux:

Vous en incommodez les dieux; Je les entends tous qui mugissent, Et même ces murs retentissent De l'éclat de votre discours, Duquel j'ai dû trancher le cours, Pour vous donner la patience D'entendre en repos ma sentence.

Or soyez donc tous attentifs, Point endormis, et point pensifs.

Vulcain, faites taire l'enclume:

Elle m'étourdit et m'enrhume ; Et vous, qu'on écrive, greffier, De bonne encre et sur bon papier I Puisqu'on ne peut faire alliance, Lier aucune intelligence Entre Troyens et Rutulois, Sans recueillir ici les voix, L'AI ti tonnant, comme un bon père, Les traitera de la manière Que d'eux-même ils se traiteront ; Par là, morbleu ! les choses iront Comme elles pourront, je lô jure Par le Styx, sans être parjure.

Parafé, ne varietur. »

Après ce jugement obscur, Jupiter descendit d'un trône D'ivoire peint ien rouge et jaune; Puis tous les dieux firent les frais De le mener dans son palais, Où la nappe se trouva mise.

Là chacun en prit à sa guise, But son vin à tirlarigot, Toujours à l'aide du bon mot.

Mais quittons les dieux pour la terre, Et voyons comme va la guerre.

Tout est en feu ; le long des murs, On n'entend que des cris obscurs, Des blasphèmes et des injures, Ce n'est que coups, qu'égratignures, Sabres en l'air, clairs, reluisans, Que tons plaintifs et languissans.

Les Troyens, privés d'espérance, Déterminés à la défense, Ainsi que des frères frapparts Étoient rangés sur leurs remparts, Attachés comme des punaises, Bien éloignés d'avoir leurs aises.

Tymette, fils d'Icétaon, Le vieux Tybris, Cassor, Hémon, Asius, le seul fils d'Imbrasse, Avec l'un et l'autre Assarace, A la pâte mettoient la main, Et faisoient présent du levain A cette race Rutuloise, Scélérate autant que sournoise.

Clarus, et les deux Tarpédons, Tous deux maîtres porte-guignons, Au premier rang avec rudesse, Aussi bien qu'Acmon de Lyrnesse, Jet oient, mais jetoient de bon cœur, Des pierres d'énorme grosseur.

Ascagne avoit ôté son casque, Portant en main tambour de basque, Pour solliciter le soldat A bien soutenir le combat.

Son teint frais comme la framboise, Ses cheveux de couleur d'ardoise, Attachés d'un anneau d'or trait, Faisoient d'Adonis le portrait.

Près de lui le vaillant Ismare, Décochant traits, criait : « Tarare !

Vous nous attraperez demain, Mais ce n'est pas le plus prochain. »

A cette attaque étoit Mnesthée, Fier de son ardeur effrontée, D'avoir chassé, la fourche au eu, Tnrnus, comme un franc lanturlu *.

Capis, fondateur de Gapoue, Au nez leur jetoit de la boue,

Eclaboussoit leurs bataillons, Jonchoit de blessés leurs sillons, Avec beaucoup d'irrévérence; Il étoit .sur une éminence, Commandant le camp ennemi, Qu'il éborgna presque à demi.

Cet assaut pressant, redoutable, Parut aux Troyens soutenable, Et Maron, qui n'est pas un fat, Sur cela dit : bon chat, bon rat.

Mais quel tracas sur la rivière, D'où vient ce bruit, cette lumière ? Cest une flotte, apparemment :

Je la connois au maniement De la rame qui frappe l'onde.

Peste ! elle porte bien du monde, Car le chamaillis est fort grand.

Quel est ce bruit? il me surprend.

Ah ! Dieu vous gard', messire Énée; Vous quittez enfin Palantée, Évandre et le mont Palatin, Pour nous venger du Laurentin !

Vos gens vous croient sans vergogne De leur laisser tant de besogne, Tandis que, prenant vos ébats, D'eux vous faisiez si peu de cas.

Vous trouverez bien du mécompte, A votre dam, à votre honte, Quand vous serez dans votre fort, Contre qui l'on fait grand effort.

Dieu bénisse votre venue !

Vous venez de faire recrue; At-on pris parti de bon|cœur?

Parlez-nous en homme d'honneur :

L'enrôlement est-il valable?

Avez-vous mis argent sur table, Ou la pistole dans la main ?

L'auroit-on reprise sous main?

Mais voyons un peu votre suite :

Elle est légère, et marche vite ; Vous galopez dessus les eaux, Mieux que si c'étoit sur chevaux.

Malpeste, je vois des bagages, Des vaisseaux, voiles et cordages,

* Comme un homme de rien, un de ceux qu'on envoie promener, en leur disant

lanturlu.

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