‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 162 sur 227 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Sauve-moi de ce labyrinthe; Je te promets de payer pinte A la première occasion, Tour la boire à l'intention De si généreuse Déesse.

Tu vois qu'on talonne et qu'on presse Mon fils Ascagnc dans son fort :

Sans doute il n'est pas le plus fort.

Fais que je prenne sa revanche; D'une dinde grassette et blanche Je régalerai ton docteur Ou ton grand sacrificateur.

Pour toi, je te donne en mémoire De cette future victoire, Que je dois bientôt remporter, Ce qu'un laquais pourra porter (Avec l'appareil d'une offrande) :

De bon tabac de contrebande, De bergamote ou mille-fleurs, Ou de quelques autres odeurs ; Plus, un demi-cent d'écrevisses, De porcelaine deux services, Des tablettes de vrai chagrin, Une cage avec un serin.

Mais fais donc, puisqu'il faut me battre, Et que l'on n'en veut rien rabattre, Dans la boutique du Destin, Que j'extermine le Latin, Que je me transplante en sa place, Que je remplume ma besace Des restes ou des defructus 4 De ce roitelet de Turnus; Permets que je letrousse en malle*, Ou qu'il soit mis à fond de cale. »

Maron dit que ce lime-sourd »

En cet endroit demeura court.

Cependant, fendant le nuage,

Apollon entroit en voyage, Et commençoit à déboucher Vis-à-vis l'endroit du coucher Du grand falot de ce bas monde.

Déjà son char sor toit de l'onde...

Mais pourquoi prendre ce détour Pour dire qu'il étoit grand jour?

« Soldats, dit le bonhomme Énée, Voici cette grande journée Où je dois cueillir des lauriers Aux dépens de ces lévriers.

Faites valoir votre courage; Surtout point de patelinage:

Défendez-vous en gens de bien, Qui comme moi ne craignez rien.

Après, foi d'un homme d'épée, Vous aurez la franche lippée, De marauder permission En pays de promission.

Tenez-vous prêts pour l'abordage, C'est où sera le grand carnage.

Soyez tous fermes comme un roc, Faute d'armes prenez un croc Pour vous garantir des taloches De ces vrais chercheurs d'anicroches.

Je vois déjà le camp Troyen, Qu'en échec tient l'Italien, Qui leur fait mangermaigres soupes.

Amis, disposez vos chaloupes ; Marchez en ordre, allez de front Les forcer de faire faux bond.

C'est bien à la gent Rutuloise De s'aviser de chercher noise A tant de braves citoyens, Sans feu, sans lieu, même sans biens! » Là-dessus il fait voir son casque, Au Mantouan, au Bergamasque,

• On peut voir, dans le dictionnaire de Furetière, le sens tout particulier qu'il donne h ce mot, et le compléter par l'article de Quitard (Victionn. des proverb.). On disait : un bon defructu, pour un bon régal, une bonne gratification.

2 Maltraiter, enlever, faire périr, expédier promptement : « Dites-moy un peu qui vous avoit si bien troussée en malle? » demande le docteur Thésaurus à sa fille, qui, enlevée par Lidias, avait été dépouillée par des Bohémiens. {Coméd. des proverbe d'Adrien de Mont lue, sec ne dernière.)

s L'auteur met ici lime -sourd pour lime sourde, locution dont on se servait pour désigner un hypocrite, un sournois qui fait le simple et cache sa malice.

Et prend en main son bouclier, Que lui portoit son écuyer. Il fut aperçu des murailles, Dont chacun faisoit des gogailles :

La femme en grisa son mari, Pour mieux jouir du favori ; Et la fille, dans ses goguettes, En fit les bons tours des coquettes; On en dansa branle de Metz.

On en fit de fort bons, banquets.

Tout s'en mêla jusqu'aux servantes, Qui n'en furent que plus fringantes ; Bref on en fit le conte bleu, En s'épanouissant un peu.

Parlant du bouclier d'Énée, Virgile en sa verve échauffée Fait certaine comparaison , Assez de mise et de saison, Pour me divertir sans scrupule :

Il en fait une canicule, Mauvaise constellation, Traînant toujours contagion, Comme le pourpre ou bien la peste, Ce qui me réjouit de reste, Flatte, et me dilate le cœur, Et relève ma belle humeur.

Turnus, au bruit de la fanfare, Du remûment, du tintamarre Qui charivarisait sur l'eau, Aussitôt s'écria : «Tout beau !

De la mer est-ce donc la fête, Pour que poissons lèvent la tête, Fassent courbette et tant de bruit?

Qui jamais tant en entendit?

Quoi donc, sur l'aquatique rive Est-ce q«"on lave la lessive ?

Oh! parbleu! monsieur le poisson, Je veux vous mettre à la raison.

Comment I les turbots et les soles Viendront nous donner croquignoles, Et nous troubler dans nos travaux ! »

Mais, lorgnant, il vit des vaisseaux Et connut, non sans fâcherie, Que ce né toit pas raillerie ; Car la flotte gagnoit le port, Et commençoit à mettre à bord, Ce qui le fit changer de note,

Et sur-le-champ prendre la botte.

Il fit filer seâ piétons, Le long du port vers les pontons Qu'à bord faisoit jeter Énée, Et fit à grands coups de cognée Faire des abatis soudain, Pour défendre tout le terrain Qui du port étoit à la ville.

Peste ! c'étoit un homme habile, Et qui savoit bien son métier.

Dès qu'on eut vu le bouclier Du chef de la nouvelle Troie, Le Phrygien marqua sa joie, Arrangé sur les garde-fous, Par une grêle de cailloux, De javelots, de dards, de flèches, Dont une perça les calèches D'un général Italien, Ce qui ne leur fit pas grand bien.

Ils tracèrent une rigole, D'où ces bonnes gens par bricole Faisoient rouler des pots à feux, Et mille ingrédiens sur eux.

Turnus avoit quitté sa tente, Pour s'opposer à la descente, Qu'il craignoit autant que la mort :

Aussi fit-il un grand effort ; 11 harangua sa soldatesque D'une manière assez grotesque :

« Amis, il faut vaincre, ou mourii Cent fois plutôt que de souffrir Que ces gens, ces prétendus braves, Nous rendent jamais leurs esclaves.

Du rivage allez vous saisir, Car vous n'avez pas à choisir.

Vite, que ses pas on redouble ; Portons la terreur et le trouble :

Voici la grande occasion, Et la décisive action Qui doit terminer cette guerre ; , Après cela videz le verre, Haussez le coude, et buvez bien.

Je ne vous demande plus rien.»

Cela dit, à la courte paille, L'ardent Turnus, vaille que vaille, Fit lors tirer les escadrons, Les bataillons, les lancerons,

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