DU BURLESQUE
Je n'ai pas la prétention de tracer la bibliographie complète du Virgile travesti, mais simplement de mentionner les principales éditions qui s'en sont faites. Chacun des huit livres de Scarron a été publié in-4°, le 1er en 1648, chez Toussaint Quinet; le 2e, id., id.; le 3e, 1649, id.; le 4e, id. , id.; le 5e, au commencement de 1650, id.; le 6e, au commencement de 1651, id.; le 7°, 1652, id.; le 8e, id., 1652 «.
En dehors de cette édition in-4°, il y en a eu une in-12, publiée concurremment.
Le Virgile travesti, suivant la copie imprimée à Paris, petit in-12, 1648, (les deux premiers livres).
— Id., id., 1650-51 (cinq livres).
— Id., id., 1652 (les huit livres).
— Id., 1653, Guillaume de Luynes (sept livres).
— Le Virgile travesti en vers burlesques, 1655, in-4°.
— Id., 1657,2 vol. in-12.
— Id., 1662, Guill. de Luynes, 2 vol. in-12.
— Id., Paris, 1667, 2 vo\. in-12.
—Le Virgile travesti en vers burlesques, revu et corrigé, suivant la copie imprimée à Paris, 1668, 2 parties en 1 vol. petit in-12.
— Id., Paris, Guill. de Luynes, 1675, 2. vol in-12.
— Id., Lyon, J. B. de Ville, 1690, in-12.
— Id.t avec la suite. Paris, David, 1715, 1726, 1734, 1752, 3 vol. in-12.
1 Nous donnons cette dernière date uniquement d'après Brunet, qui indique, dans son Manuel du libraire, une édition du Virgile travesly de 1652, en huit livres. Ce serait peut-être dans cette édition qu'on aurait imprimé pour la première fois le fragment du 8« livre parodié par notre auteur.
EN FRANCE. xlix
Le Virgile travesti fait partie des Œuvres de M. Scarron. Paris, Michel David, 1727, 4730 et 34, 12 vol. in-42; — édition Bruzen de la Martinière, Amsterdam, "Wetstein, 1737, 10 vol. petit in-12, et 1752, 7 vol. petit in-12; — Bastien, Paris, 1786, 7 vol. in-8°.
— Le Virgile travesti en vers burlesques, par Scarron, précédé d'une notice sur V auteur, annoté, et suivi d'un vocabulaire donnant le sens des expressions vieillies, nouvelle édition, par Charles Fetilly, 2 vol. in-8°. Paris, Mansut, 1845. Il est permis, nous dirons plus, il est nécessaire de ne pas compter cette édition, et de la considérer absolument comme non avenue. Nous ne pouvons nous dispenser de faire cette observation , dussent ceux qui ne l'ont pas vue nous soupçonner de déprécier les travaux de nos devanciers, ce qui est bien loin de nos habitudes. Les coupures et modifications de l'éditeur sont tellement nombreuses et tellement considérables, que c'est en quelque sorte son œuvre propre autant que celle de Scarron et de Moreau de Brasei qu'il a donnée au public. Il a réimprimé la suite de Moreau de Brasei, mais en supprimant les cent quarante-six vers d'entrée en matière, et en substituant, sans peut-être s'en apercevoir et sans en avertir le lecteur, le neuvième livre de la suite de le Tellier, à celui de Moreau. D'ailleurs il a tout l'air d'avoir pris la suite elle-même pour l'œuvre de Scarron ; du moins, il n'y a aucun avertissement, aucune note, aucun titre, qui la séparent du reste. Nous ne parlerons pas de la notice : nous dirons seulement quelques mots des notes et du prétendu vocabulaire annoncé par le titre, pour achever de donner une idée de cette édition. Ces notes, de la plus rare insuffisance et d'un incroyable sans-façon, réunies à la fin du second volume, se succèdent sans aucun ordre, sans indication de pages, dans un complet tohu-bohu. Mais voici le sublime du genre : l'éditeur, en faisant un choix (sans en avertir en aucune façon) parmi les annotations terminant le volume de l'édition Bruzen, où se trouvent assemblées les deux suites de Moreau de Brasei et de le Tellier d'Orvilliers, ne s'est pas même aperçu que ces annotations regardaient seulement cette dernière suite, et n'avaient aucun rapport avec celle qu'il a réimprimée ; de sorte qu'il aligne sérieusement une série de commentaires qui ne se rattachent par aucun point à son texte. C'est à peu près la même bévue, ou plutôt c'est une bévue plus complète encore que celle d'un libraire, qui, publiant Y Enéide de Virgile, reproduirait pieusement au bas du texte, les notes du P. Jouvenci sur les Bucoliques. Après ce trait, il
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faut tirer l'échelle, et nous croyons qu'on nous dispensera d'insister.
Un mot sur cette édition pour finir. J'y ai mis des notes assez nombreuses, mais aussi courtes et aussi précises que possible, sans chercher à faire étalage d'érudition, ce qui n'était pas le Heu; sans prétendre non plus à commenter le Virgile travesti comme on pourrait faire de YÉnéide ou de Y Iliade. Je me suis proposé simplement d'éclaircir les termes -vieillis, et de donner au besoin les renseignements historiques ou littéraires qu'appelait naturellement le texte.
Il est bien entendu qu'en parlant de renseignements historiques nous voulons parler de l'histoire et des mœurs modernes que, par ses continuels et volontaires anachronismes, Scarron mêle sans cesse à la trame de sa parodie antique, et non des renseignements sur la mythologie et sur tous les détails dont l'ensemble constitue l'épopée de Virgile. Ce serait une étrange méprise que de chercher ici ce qui doit être réservé aux annotations du poëme original, et c'eût été de notre part un singulier contre-sens que de confondre ainsi notre tâche avec celle des Servius et des Lemaire.
C'est surtout à la suite que nous n'avons mis que les notes strictement indispensables, n'ayant nulle envie de traiter messire Moreau de Brasei en classique, pas même en classique du burlesque. Nos notes alors deviennent surtout philologiques. Les termes de Moreau de Brasei ont plus souvent besoin d'être expliqués que ceux de Scarron même, quoiqu'il ait écrit à une époque beaucoup plus rapprochée de nous : cela vient, entre autres raisons, de ce que, pour suppléer aux défaillances de sa verve, il a plus contourné son style, cherchant, à défaut du génie burlesque qui est dans les choses, de créer des termes et tournures bouffonnes, qu'il tire de son imagination, ou qu'il détourne de leur sens ordinaire, ce qui le rend fort difficile parfois à interpréter nettement.
Nous ne répétons pas nos notes. Quand un mot demande une explication, nous la donnons, en général, la première fois que ce mot se présente : c'est au lecteur à se la rappeler ou à y recourir, s'il en a besoin.
L'absolue correction du texte est quelquefois difficile à établir,
EN FRANCE. u
même à l'aide des éditions de chaque livre faites du vivant de Scarron. Dans ces éditions imprimées et corrigées avec peu de soin, suivant l'usage universel d'alors, il y a des différences, presque toujours, il est vrai, d'une très-minime importance, entre lesquelles il est impossible de voir quelle est la meilleure version. Encore si c'était un style ordinaire, soumis aux lois communes et normales, on pourrait être guidé dans certains cas par le raisonnement; mais, au contraire, le propre de ce style est de se moquer des lois. Pour la ponctuation en particulier, surtout dans la suite, la longueur et l'enchevêtrement extrêmes des périodes, joints à leur incorrection, font qu'il est souvent très-difficile, par moments même impossible, de s'y reconnaître, et qu'on se voit obligé d'y distribuer un peu arbitrairement les points d'arrêt.
Qu'on veuille bien songer, pour excuser les fautes du commentateur, qu'il n'a point été précédé dans cette tâche, à sa connaissance du moins.