‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 203 sur 227 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Tu peux l'ouvrir si tu le veux.

Serois-tu si peu généreux, Toi que je reconnois pour maître, De m'aller éventrer en traître?

Rends cet inutile Turnus A la vieillesse de Daunus.

Je te promets, foi d'honnête homme, Que je ne pense plus à Home, A l'itale, à l'Italien, Et que je les laisse au Troyen.

Que je sois mort ou hien en vie, Je ne saurois te faire envie.

Rends-moi vivant, ou rends-moi mort, Pour toi ce n'est pas grand effort.

Parce que Jupin t'est propice, A présent en titre d'office Te voilà vainqueur des Latins, Des Rutulois, des Laurentins, Bientôt maître de Lavinie, Par conséquent de l'Italie :

Que te faudroit-il donc de plus ?

Occir le malheureux Turnus, L'envoyer sur les rives sombres, Se promener avec les ombres ?

Non. J'en atteste tous les dieux, J'aime mieux jouir dans ces lieux Du bien de voir ton hyménée Couronner dans cette journée Tes fiers et pénibles travaux, Et finir pour jamais les maux De tous tes échappés de Troie, A qui Dieu donne bonne joie, Que d'aller dans le souterrain, Où jamais on ne boit de vin, Où jamais on ne mange soupe, Où chagri ns sont toujours en croupe.

Oh ! ne fais donc pas le méchant, L'emporté, ni le turbulent ; Me me refuse pas la vie, Puisque c'est toute mon envie.»

.Après ce discours ennuyeux, jEneas attacha ses yeux Sur ce rival hors de défense.

Dans son cœur déjà la clémence Commençoit à parler pour lui ; Quand, parcourant, dans son ennui Cette colossale figure, Il aperçut par aventure Le baudrier de feu Pallas, Dont Turnus, après son trépas, Se para pour marquer la gloire Qu'il liroit de cette victoire. Ce triste objet frappa son cœur, Rappela toute sa douleur Et réveilla son fier courage.

Alors, n'écoutant que sa rage :

t Quoi ! dit-il, tu m'échapperas, Toi qui m'as privé de Pallas, Et dont l'injuste barbarie, En l'arrachant de cette vie, L'a dépouillé de ses bijoux ?

Qu'auroient fait de plus des filoux 1 Tu sais donc jouer de la harpe, Puisque je vois sa belle écharpe, Son casque de lames d'acier, Et son éclatant baudrier, Te servir encor de trophée D'avoir vaincu l'ami d'Énée ?

Pallas, mon cher ami Pallas, Je t'immole cet échalas.

A tes mânes je puis sans crime Offrir cette illustre victime :

Puisse-t-elle te faire honneur, Calmer d'Évandre la douleur, Donner la paix à cette terre, Et pour jamais finir la guerre î »

A ces mots, l'ardent iEneas, Faisant briller son coutelas, Lui fit avec irrévérence Un grand trou dans sa vaste panse, Par où son âme ayant pris vent, Elle s'envola dans l'instant, Et dans une nuit éternelle Laissa sa hideuse escarcelle.

Ainsi mourut ce fanfaron, Ainsi finit monsieur Maron.

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