LIVRE DEUXIEME
Sitôt que bidon eut dit: « Chut! »
Chacun fit silence et se tut.
La pauvre reine embéguinée * Des rares qualités d'Énée, Uongeant les glands de son rabat, Sur lui, de grabat à grabat, Décoche quantité d' œillades Propres à faire des malades.
Lui qui n'est pas un innocent, Pour une en rend un demi-cent.
Le brave seigneur, pour se taire, Et pour n'avoir tel conte à faire, Eût donné ce qu'on eût voulu ; Mais Didon l'avoit résolu.
Souvent de la bonne princesse La raison n'éloit pas maîtresse :
l'uio, quoique animal' plein d'appas, On dit qu'une femme n'a pas Au cul ce qu'elle a dans la tête; Si le proverbe est malhonnête, Au premier avertissement On le peut rayer aisément.
Revenons à messirc Énée.
Voyant que la reine obstinée Trenoit plaisir à se brûler, Et ne pouvant plus reculer, Il se releva la moustache, S'ajuste en son lit, tousse et crache, Puis, se voyant bien écoulé, Il dit avecque gravité :
« 0 mon Dieu! la fâcheuse chose Que votre majesté m'impose!
■i Molière lui-même a employé, dans le Bourgeois gentilhomme (III, m), s'embe- (juiner pour sHnfaluer. On dit encore aujourd'hui, dans le même sens et avec ).t même im;»ge, se coiffer de quelqu'un.
2 Genre de plaisanterie fort usité alors. On connaît la devise de Gui -Pal in : A'ort
C'est justement m'égratigner Un endroit qu'on fera saigner.
Voulez-vous donc que je vous die La pitoyable tragédie Dont les Crées furent les auteurs Et les sanguinaires acteurs?
Est-il possible que l'on croie Les étranges malheurs de Troie, Dans lesquels j'ai si bonne part?
Est-il Dolope assez pendard, Mvrmidon, d'Ulysse gendarme, Qui soit assez chiche de larme Pour n'en verser pas un petit A ce pitoyable récit?
Mais la nuit est bien avancée, Elle s'en va bientôt passée; Vos lampes tirent à la lin, Et pour moi, sans faire le fin, Je dormirois de bon courage, Sans le sot conte où l'on m'engage.
Vous-même vous dormiriez bien; Outre que tous ces gens de bien Ont peine à soutenir leur tête, Et, sous quelque prétexte honnête, Voudroient bien qu'il leur fût permis D'être dans leur lit endormis. »
Didon dit : « Vous avez beau dire; Haranguez vitement, beau sire, Sans tant tourner autour du pot. »
/Eneas dit : « Je suis un sot, Et vous allez être servie, h
Quoique Hector eût perdu la vie, Les assiégés faisoient si bien, Que les Grégeois ne faisoient rien Que se lasser et se morfondre.
Tout sembloit les vouloir confondre, C'est-à-dire rendre confus.
Les Troyens leur faisoient refus De leur rendre madame Hélène.
De s'en retourner à Mycène, Tous délabrés et tous pieds nus, Plus vile qu'ils n'étoient venus, Ils ne s'y pouvoient bien résoudre; Mais aussi d'en vouloir découdre, Quoiqu'ils fussent très-belliqueux, Avec gens qui l'étoient plus qu'eux, Etant lassés de tant d'années, Et maltraités des destinées, Us y trouvoient quelque danger.
Gens qui savent leur pain manger Savent bien aussi se défendre; Tellement que, bien loin de prendre Vengeance du rapt de Paris, Ils couroient risque d'être pris.
Leurs soldats, dans leurs palissades, Avoient visages de malades, Et les nôtres, dans leurs maisons, Etoient gras comme des oisons.
sum animal Mazarinicum. Montmaur le parasite était traité d'animal irrassatiable et indécrottable. Vous trouverez, dans la satire Y III de Boileau :
Le plus sot animal, à mon avis, c'est l'homme.
On peut y joindre les vers de Tegnard :
L'homme est de sa nature un animal qui rit; Mais, quand il rit à tort, je crois que, s;ms scrupule, On puutbicn le nommer animal ridicule...
et ceux de Molière :
Car, voyez -vous, la femme est, comme on dit, mon maître,
In certain animal difficile à connaître,
KL qui, de sa nature, est fort encline au mal,
Et ne sera jamais qu'animal, quand sa vie
Durerait cent mille ans...
Scarron surtout aime cette forme de plaisanterie. On verra plus loin (1. III) :
Maint auteur, animal mentant,
et beaucoup d'autres exemples analogues, surtout en parlant des femmes.