LIVRE DEUXIÈME
Que se faire couper les gorges, Quoique armés comme des sai nts Geor- Pleurs, soupirs, lamentations, ïges?
Cris, sanglots, exclamations, Au palais se firent entendre.
Il ne faut être guère tendre Pour n'avoir pas le cœur serré De ce pauvre peuple effaré.
Les femmes, plus mortes que vives, De crainte de se voir captives, Et de quelque chose de pis, De la main se battent le pis, Et courent comme écervelées Par le palais échevelées, Se regardent d'un œil mourant, Et s'entr'embrassent en pleurant.
Pyrrhus, digne fils de son père, Par ses grands coups si bien opère, Qu'enfin par la brèche il entra, Et défît ceux qu'il rencontra . A la défense de la porte.
Peu lui servit d'être si forte Et d'être faite de mer rai n * : Tout parsemé de clous d'airain :
. Les poteaux hors des gonds tombèrent, | À la foule les Grecs entrèrent; i Tous ceux qu'ils trouvèrent armés : Furent bientôt d'eux assommés.
Les soldats, maudite canaille, Ébaudis* comme rats en paille3, Troublèrent toute la maison, Sans qu'on en pût avoir raison.
Ainsi la rivière de Loire, Qui donne à tant de gens à boire Quand elle sort hors de son lit, Bouleverse, à ce qu'on m'a dit, Ce qu'on appelle la levée, Et par cette digue crevée S'épand dans les champs labourés, Entraîne les bœufs effarés
Pêle-mêle avec les étables, Et fait force gens misérables, Qu'elle force ainsi sans bateau D'aller à l'hôpital par eau.
L'application est facile :
Tout de même, en ce saint asile, Je vis entrer tous ces méchans Comme un fleuve fait dans les champs.
Je vis le cruel Neptolème, De rage le visage blême, Et les Atrides carnassiers, Ensanglantant leurs bras d'aciers.
Et, ce que je n'approuvai guères, Je vis donner les étrivières A Priam par Agamemnon :
On a voulu dire que non ; Mais c'est une chose certaine, Qu'il en eut une cinquantaine, Et, qui pis est, à tour de bras.
Ce bon vieillard, grand, gros, gris, gras, Eut, par ces coups de discipline, Peau de taffetas de la Chine; Il porta le tout constamment, Et plus que laconiquement.
Certes, le Grec eut peu de gloire De faire une action si noire; Mais son frère ne fit pas mieux; Je le vis de mes propres yeux :
Qui traîna par ses blanches tresses Hécube, et sur ses pauvres fesses Donna force coups d'éperon ; lit puis par ce même larron Je vis de grands coups d'escourgées Les cent brus de Priam chargées, Et dessus le ventre et partout :
C'étoit trop les pousser à bout, Et trop peu respecter les dames ; Mais les Grecs /ont de vrais infâmes.
De Priam les lits nuptiaux, Cinquante en nombre, et tous fort beaux
* De planches de chêne.
2 Réjouis, s'en donnant à cœur-joie.
5 Être comme un rat en paille, c'est-à-dire être à son aise, ne manquer de rien, elc» N ous verrons encore cette expression au VIe livre :
Avec vous je faisois gogaille,
Et j'étois comme un rat en paille.
(Car ils étoient tous d'étamine, Lustrés, et d'étoffe bien fine, Et la crépine et le mollet Moitié soie et moitié filet, Et de plus- brodés à l'aiguille), Furent gripés par le soudrille; Tout fut par le Grec dissolu Pillé, brisé, brûlé, poilu.
Peut-être vous êtes en peine, 0 grande et charitable reine !
De savoir, après tout cela, Comme du vieil prince il alla * :
En voici la fin véritable.
Ce bon Priam si vénérable, Se voyant ainsi fustigé, Ses enfans morts, son bien mangé, Sa pauvre femme éperonnée, Enfin sa maison ruinée Par les soldats qui sont dedans, 11 alla s'armer jusqu'aux dents, Mit à son côté la rapière, Rondache * devant et derrière, Prit en ses mains un grand épieu, Et revint ain&i, jurant Dieu, Rejoindre les dames troublées, Lesquelles s' étoient assemblées Alentour d'un autel couvert D'un laurier au feuillage vert.
Là se faisoient les sacrifices, Afin de se rendre propices Les dieux lares, ou protecteurs, Ou plutôt lâches déserteurs.
Ainsi des colombes tremblantes, Quand après des flammes volantes, Une grande tempête suit, Avec grand désordre et grand bruit, Le troupeau volant se rassemble, Et n'est pas une qui ne tremble De voir coups de foudre si drus :
La reine de même et ses brus Se tapirent l'une dans l'autre, Disant tout bas leur patenôtre,
Car elles craignoient de mourir.
Or la dame, voyant courir, Non pas aussi vite qu'un basque, Son vieil mari chargé d'un casque, Et de tout le harnois complet, S'appliquant de rage un soufflet, Elle osa brusquement lui dire :
« Vous voulez donc nous faire rire Lorsqu'il faut songer à la mort? " Ah! vraiment vous me plaisez fort.
Retranché dans une cuirasse Comme un capitaine Fracasse.
Lh ! mon bon homme, de par Dieu Quittez la rapière et l'épieu :
Que Votre Majesté rengaine, Puisqu'il faut mourir de la gaîne Quand on a frappé du couteau.3.
Notre Hector, qui gît au tombeau, Dans une si fâcheuse affaire N'eût fait que de l'eau toute claire Si vous me croyez, mon bon roi, Venez vous seoir auprès de mei. »
Priam s'assit de bon courage, Sans fanfaronner davantage, Dans une grande chaise à bras, Dont le velours étoit bien gras.
Un de ses fils, nommé Polyte, Arriva là, courant bien vite.
Il avoit beau des yeux chercher Quelque endroit où se bien cachci Pyrrhus, qui de près le talonne, Fort peu de relâche lui donne.
Il couroit de peur de mourir; La peur l'empêchoit de courir, Et lui donnoit bien fort la fièvre.
Heureux si, craignant comme un lièvre 11 eût pu courir aussi fort !
Ce fier messager de la mort Lui tient le fer près de l'échiné, Et déjà sa main assassine A d'un puissant estramaçon Amoindri son nez d'un tronçon.
* Ce qui advint du vieux prince.
* Grand bouclier rond. ,
3 Imitation du passage de l'Evangile devenu proverbe : perinl ykidium, gladio peritont. (Matth., xxvi, 52 )
Ormes enim qui acce
UVliE DEUXIEME.
Enfui un coup de cimeterre Lui fait donner du nez en terre Aux pieds de son père effaré, Auquel un trépas assuré fie put lors empêcher de faire [ Réprimande à ce sanguinaire.
\ 11 lui dit : « Pour un si beau coup, • Tu t'es vraiment pressé beaucoup!
Tu souilles, homme trop colère, Du sang d'un fils les yeux d'un père.
i 0 bourreau ! par qui mes vieux ans | Ont des objets si peu plaisans!
s Que le ciel bientôt te le rende !
|Une inhumanité si grande $Ne peut être que d'un vaurien.
|j Achille fut homme de bien, ^Quoiqu'il fût ennemi des nôtres :
"îjToi, son fils? à d'autres, à d'autres 1 *|Tu n'es que le maudit bâtard JD'une truie et d'un léopard.
^Achille eut pitié de mes larmes, ^Quand mon fils tomba sous ses armes ; |*11 respecta mes cheveux gris, |.Se laissa toucher à mes cris, JfEt de son vin il me fit boire, ïDont il acquit beaucoup de gloire.
| Mais pour toi tu n'es qu'un grand fou, | A qui je vais rompre le cou. »
I Cela dit, d'une main débile, |I1 lança sur le fils d'Achille
!Un dard qui certes le toucha, Mais qui seulement écorcha Le bord de sa forte rondache.
Il en rit un peu, le bravache, | Et de ce que, faisant effort, Afin de le frapper plus fort, f II étoit chu sur le derrière D'une pitoyable manière.
Sitôt qu'il eut pris ce grand saut Dans le sang de son fils tout chaud, Sa chevelure non rognée Par le Grégeois fut empoignée, De laquelle cet inhumain Fit deux tours autour de sa main ;
1 Jusqu'à la g.irde.
* Détruisis.
De l'autre levant son épée, Dans le sang de son fils trempée, 11 la mit Captilo tenus * , Par l'endroit qu'on appelle anus, Puis d'un coup lui coupa la tête. Ainsi fortune, maie bête, Par un vrai trait de son métier, Fit voir qu'il ne s'y faut fier.
Priam, ce grand roi de Phrygie, Par qui fut si longtemps régie La plus superbe des cités, Après tant de prospérités Qui le rendoient considérable, Gît mort étendu sur le sable.
Ce grand monarque des Troyens, Après la ruine des siens, N'a pas seulement sépulture, Et fait des oiseaux la pâture; Bref, le plus grand roi qui fut onc N'est plus rien qu'un grand vilain tronc Cet extrême malheur des autres Me fit souvenir que les nôtres Par moi laissés en la maison, En une pareille saison, Pourroient bien avoir fin pareille; Lors je dis, me grattant l'oreille :
« Autant il nous en pend à l'œil; 11 me faudra porter le deuil De mon père et de ma Creuse.
L'un et l'autre à bon droit m'accuse, Et d'être un fils sans amitié, Et de n'aimer pas ma moitié, Et mon fils, de qui tant j'espère, Donne au diable monsieur son père.
Allons donc mourir auprès d'eux.
Le trépas, ailleurs tiès-hideux, Me sera là très-agréable, Ou pour le moins très- honorable. »
Corps d'homme n'étoit avec moi, Les uns m'avoient quitté d'effroi, Plusieurs avoient perdu la vie, Auxquels je portai grande envie, Et si lors je ne me défis *, Mon père, ma femme et mon fil*
En furent, et non autre chose, La légitime et seule cause.
Mais un objet qui me fâcha D'aller plus outre m'empêcha :
Je vis dans le temple de Veste Des Troyens la fatale peste, Dont chaque mari fut un sot, Qui se cachoit sans dire mot; Je veux dire la fausse Hélène, Si funaste à la gent troyenne.
Redoutant le juste courroux Et des Grecs et de son époux, Elle s'étoit là retirée Toute seule, et mal assurée.
Lors je dis : « La louve qu'elle est (Dieu me pardonne, s'il lui plaît!), Reverra la Lacédémone, Et là portera la couronne, Tandis que des pauvres Troyens, Ou brûlés, ou mangés des chiens, Il ne restera sur la terre Que ceux qu'y laissera la guerre, Pour mourir de froid et de faim, •Et pour y demander leur pain.
Non, non, la raison me conseille De couper le nez et l'oreille A cette maudite putain, A ce malencontreux lutin, Qui tant de sang a fait répandre, Par qui notre ville est en cendre, Et les Troyens morts ou captifs, Hormis ceux qui sont fugitifs.
Dieu sait comme elle fera pièce, Quand elle sera dans la Grèce, De Priam et de ses enfans, Et fera rire à nos dépens Les destructeurs de «notre empire; Je pense déjà l'ouïr rire, Et bien Lire le goguenard, Ménélaûs, le franc cornard!
Elle a causé notre ruine :
Elle en perdra nez et narine ; Oui, je m'en vais lui retrancher La peine de se plus moucher.
Il est vrai, frapper une femme A bien quelque chose d'infâme :
l'en puis être d'aucuns blâmé,
Mais aussi serai-je estimé
D'avoir puni cette coureuse,
Aux siens comme à nous dangereuse. »
Cela dit, j'allois l'empoigner
Pour oreille et nez lui rogner,
Quand la déesse de Cythère,
Ma très-belle et très-bonne mère,
Me donna bien fort sur les doigts
De la main dont je prétendois
Saisir au collet la Spartaine.
Cette apparition soudaine
Non pour un peu m'emplit d'effroi ;
Car elle parut devant moi
Comme chose du ciel tombée,
Et non pas à la dérobée,
Ou ne se montrant qu'à demi,
Comme d'autres fois, endormi,
Confusément je l'avois vue ;
Mais alors elle étoit pourvue
De tous les célestes appas
Que les hommes mortels n'ont pas.
Ce coup, dont ma main fut cinglée,
Et dont j'eus l'âme un peu troublée,
Me fit dire, en quoi j'eus grand tort,
Certain mot qui l'offensa fort.
Elle me dit, rouge en visage :
« Vraiment, je vous croyois plus sa ge ;
Fi ! fi ! je ne vous aime plus.
— Je suis de quatre doigts perclus, Lui dis-je, et qui diable ne jure Alors qu'on reçoit telle injure?
— Eh bien ne jurez donc jamais, Dit-elle. — Je vous le promets, Lui dis-je, et trêve de houssine, Car il n'est divin ni divine,
A qui, s'il m'en faisoit autant, Je ne le rendisse à l'instant.
— Songez que je suis votre mère, Me repartit-elle en colère,
Et parlez moins, ou parlez mieux.
Vous faites bien le furieux Contre une femme désarmée :
Quand bien vous l'auriez assommée, Seriez-vous mieux d'un quart d'écn '.' Vous nommez son mari cocu, Avez- vous manié sa tête?
Est-il cornu comme une bête?
Dites-moi, seriez-vous content S'il en disoit de vous autant, Méchant fanfaron que vous êtes?
Vous ne savez ce que vous faites.
Vous auriez bien plus de raison De retourner à la maison Secourir votre pauvre père, Qui sans doute se désespère, Non tant des Troyens déconfits Que de Creuse et de son fils.
Ce cher fils, celte chère femme, A qui, sans moi, le Grec infâme Auroit pis fait qu'aux pauvres gens Ne font les diables de sergens.
Vous accusez la pauvre Hélène D'avoir perdu la gent troyenne, Vous n'êtes qu'un mal avisé, Vous vous prenez au plus aisé; Le destin seul en est la cause, Qui de nos dieux mêmes dispose.
Tout dépend de sa volonté ; 11 a dès longtemps arrêté Que la grande ville de Troie Serait faite des Grecs la proie.
A moins que d'être illuminés, Les mortels plus loin que leur nez Ne peuvent jamais voir les choses, Bien loin d'en connoître les causes :
Qu'ainsi ne soit, présentement Vous ne pourriez voir nullement, Si je ne dissipois la nue Qui vous en empêche la vue, Le dieu qui porie le trident, A perdre votre ville ardent.
Voyez comme il égale aux herbes Les bâlimens les plus superbes!
Si bien il la démolira, Que Troie en Troie on cherchera.
Junon, la cotte retroussée, Paroi t sur la porte de Scéc, Qu'elle vient de mettre dedans, Couverte de fer jusqu'aux dents.
Oyez un peu comme elle crie, Et comme avec sa voix de truie, Que l'on entend jusqu'à la mpr,
Elle s'efforce d'animer Le soldat qui, selon sa rage, N'est pas assez âpre au pillage.
Voyez la méchante Pallas, Branlant son large coutelas Sur le haut de la citadelle; Voyez comme cette pucelle, D'une pitoyable façon, Mieux que ne feroit un maçon, Démolit, sape, brise, taille, La plus grosse et forte muraille.
Elle s'échauffe en son harnois :
Ainsi, quand il abat des noix, Le corbeau qui n'est qu'une bête, Travaille de cul et de tête.
Sa Gorgone aux crins de serpens, Face large de deux empans, Fait une vilaine grimace, A qui la regarde à la face.
Jupiter, père de nous tous, Se déclare aussi contre vous, Et donne un esprit de pillage Aux Grecs dont il croît le courage ; Et n'est pas que le bon seigneur, Quoique d'ailleurs homme d'honneur, N'ait dérobé quelque chosette, Pour régaler quelque coquette.
Certes j'en ai l'esprit marri, Mais, jusqu'à mon sot de mari, 11 n'est, de la céleste bande, Divinité petite ou grande, Qui contre la pauvre cité Ne fasse acte d'hostilité.
Fuyez donc, je vous en conjure, Ne vous piquez point de bravure; il fait ici mauvais pour vous, Vous n'y gagnerez que des coups.
Sans moi, votre pauvre famille Sentiroit la main du ?oudrille, Mais jusqu'ici, par mon moyen, Les choses y vont assez bien.
Penser remonter sur sa bête * , C'est vouloir se rompre la tête.
Allez, je vous protégerai; Près de vous toujours je serai.
Reprendre le dessus.
Lorsque vous serez en ma garde, Au diable si l'on tous regarde, Bien loin de vous oser toucher; Mais vite, il se faut dépêcher. »
Elle n'en dit pas 'davantage, Et puis se couvrit d'un nuage.
Lors je vis que de la cité Elle m'avoit dit vérité :
Je vis partout objets funestes, Je vis aussi les dieux célestes D'une extraordinaire grandeur, Dont je n'eus pas petite peur.
Parmi ces personnes divines, J'en vis de très-mauvaises mines, Pour lesquelles, sans passion, J'aurois bientôt aversion.
0 Dieu ! l'épouvantable image, Qu'une ville mise au pillage!
On ne voit que piller, brûler, Sur les cendres le sang couler, Soldats qui tuent, gens qui meurent, Peu qui rient, beaucoup qui pleurent, Les grands palais tomber à bas, Et n'être plus que des plâtras.
Il en est tout ainsi d'un orme, Beau pour sa taille et pour sa forme, Loifs qu'étant par le pied sapé, Et longtemps coup sur coup frappé, Il branle sa perruque verte, Signe de sa prochaine perte ; Son gros tronc se feud par éclats ; Un cri semblable à des hélas Accompagne sa culebute ; H hésite devant sa chute, Examinant de quel côté Son grand corps sera mieux gîté, Enfin il tombe sur les hanches, Se cassant les bras ou les branches.
Ainsi notre pauvre cité, Après avoir longtemps été Des cités la plus renommée, Est comme en soi-même abîmée.
Or, moi, voyant que tout de bon Elle étoit réduite en charbon,
Et que ma mère étoit partie, Je crus que quitter la partie, En un malheur tout évident, Étoit faire en homme prudent.
Sans recevoir aucun dommage, Je passai, couvert d'un nuage, Au travers des feux allumés Et de nos ennemis armés.
A mon logis je frappe en maître :
On me cria par la fenêtre Que l'on n'ouvroit jamais la nuit, Et que je faisois trop de bruit ; Et moi, je frappe et je refrappe, Et, las de cogner, je m'échappe A dire des mots outrageans.
Ma femme, mon iils et mes gens Tout mon soûl me laissèrent battre, Et par frayeur, ou pour s'ébattre, Me firent garder le mulet f ; Enfin pourtant un gros valet Me vint ouvrir, malg é la bande, A qui je fis la réprimande.
Mais ma femme, pour m'apaiser, Et mon fils me vinrent baiser.
Je dis à monseigneur mon père Tout ce que m'avoit dit ma mère, Et qu'il falloit gagner pays.
Il nous rendit tous ébahis, Quand il dit : « Pour moi je demeure, Allez-vous-en, à la bonne heure, Vous autres, dont les jeunes ans, Après des malheurs si pesans, Pourront, autre part que dans Troie, Se donner encore au cœur Jofe.
Si le ciel m'eût voulu sauver, Qui l'empêchoit de conserver Une ville si belle et bonne?
Mais, puisque le ciel l'abandonne, Et quTlium, des Grecs pillé, N'est plus rien qu'un champ tout grille, Vieillard plus que sexagénaire, Il ne me reste rien à faire Que d'aller, l'épée à la main, Irriter un Grec inhumain,
Garder le" mulet, c'est se morfondre à attendre.