LE PRÉSIDENT DE MESME
Monseigneur,
Quand je devrois faire souffrir voire modestie, il faut que je découvre à tout le monde une action de générosité que vous avez voulu tenir cachée. Quand feu mon père fut obligé de quitter l'exercice de sa charge*, vous ajoutâtes aux paroles que la civilité fait dire des offres bien plus solides que des paroles : il ne put répondre à votre générosité qu'en refusant, sans le regretter, ce que vous lui offriez de même. Depuis sa mort, vous nous avez protégés contre V injustice qui accable le plus souvent les en fans d'un premier lit; c'est une obligation que nous vous avons en commun, mes sœurs et moi. Et vous m'avez obligé depuis, en mon particulier, en donnant un peu de ce temps, que vous employez si utilement au repos du public, à la lecture de mes ouvrages. Je n'aur ois jamais espéré que ce que j'ai fait par divertissement dût servir à celui d'un des plus considérables chefs
1 Henri de Mesme, frère de Jean-Antoine de Mesme, et de Claude de Mesme, comte d'Avaux, qui fut surintendant des finances et ambassadeur plénipotentiaire au traité de Munster et d'Osnabruck, en 1648. Scarron a intercalé, dans le V« livre de son Virgile, un chaleureux éloge des de Mesme, et, en particulier, du président.
2 Son père, Paul Scarron, conseiller au Parlement, surnommé l'Apôtre, parce qu'il avait toujours saint Paul à la bouche, et sans doute aussi à cause du zèle et de l'énergie qu'il déploya dans sa lutte contre Richelieu, perdit sa charge pour avoir poussé trop loin l'esprit d'indépendance contre certaines mesures du cardinal. Il lit un jour une harangue vigoureuse contre un édit dont la cour demandait l'enre,gistrement, et le ministre, irrité, l'exila en Touraine avec ceux de ses collègues qui avaient partagé sa résistance. Ils furent, en outre, dépossédés par le roi, en 1641. Scarron a bien des fois déploré peu spartiatement la malencontreuse harangue d'où venait (oui ce mal. Voir surtout sa Requête au cardinn) de Itichelie».
de la plus célèbre compagnie de l'Europe, et dont le mérite eut, sans doute, de quelque façon que Von le considère, au-dessus de tous les emplois où Von puisse prétendre. Je ne dirai point ici, Monseigneur, que ia fortune, qui fait bien souvent les choses contre sa conscience, et qui ne se gagnepas par la vertu, a toujours èiè envieuse de la vôtre. Je sais bien que vous n'aimez pas les louanges, quoique vous en méritiez plus que personne du monde, outre que la plume burlesque ne s'acquitter oit pas assez bien d'un panégyrique. Je vous dédierai seulement mon troisième livre de Virgile. Je vous confesserai, que c'est fort mal m' acquitter de tout ce que je vous dois, et vous supplierai de croire que si je n'élois pas en l'état où je suis, je n'aurois point déplus forte passion que de vous témoigner, autrement que par des paroles, que je suis de toute mon âme,
Monseigneur,
Votre très-humble, Ires-obéissant et très-obligé serviteur,
SC.4flfl0.Y-