‹ Le Virgile travesti en vers burlesquesChapitre 73 sur 227 · LIVRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIEME

Çà, de l'eau, vite qu'on m'en puise, Afin que je la gargarise, Ou bien plutôt un peu de vin :

Ma sœur aimoit ce jus divin.

Mais à propos, de l'émétique, Car il est, dit-on, mirifique, Et ressusciteroit un mort.

Que ne la saignoit-on d'abord?

La mort est souvent éloignée Tar une première saignée '. »

Tenant ces funestes propos, Comme elle avoit le corps dispos, Haute en jambes comme une autruche, Et grimpoit comme une guenuche, Elle se lit voir d'un plein saut Au beau milieu de l'échafaud.

Là recommencèrent les plaintes, Et les souffletades non feintes.

Didon voulut le jour lorgner, Mais il fallut bientôt cligner.

Elle voulut par bienséance

Faire à sa sœur la révérence,

Mais elle en eut le démenti

De son corps trop appesanti.

Trois fois sa mourante paupière

S'ouvrit, pour chercher la lumière

Et, l'ayant vue, elle lâcha

Un soupir, et ses yeux boucha.

Junon, voyant la mort camuse

Qui trop cruellement s'amuse,

Comme se plaisant à son jeu,

A tuer Didon peu à peu,

Elle appela sa messagère

Iris, déesse fort légère.

Iris venue, elle lui dit :

« Va-t'en couper le fil maudit

De ma Didon infortunée.

Elle avance sa destinée,

C'est pourquoi son âme ne peut

Sortir aussitôt qu'elle veut,

Et sans doute la Parque grise,

Qui se fâche d'être surprise,

tal, où, entrant, j'ai trouvé le corps d'un jeune homme qui venait d'expirer... Je m'en suis approché, feignant d'y connaître encore du mouvement... de sorte que, sans être aperçu, j'ai approché ma bouche de la sienne, où je suis entré comme par un souffle ; lors mon vieux cadavre est tombé, et, comme si j'eusse été ce jeune homme, je me suis levé. »

* Vers le temps où Scarron écrivait ceci, la saignée était préconisée comme un remède souverain par toute une classe de docteurs. On peut voir jusqu'où cette conviction était poussée chez eux, dans les Lettres de Gui-Patin, qui était un des partisans les plus déterminés de ce système. Ici, il nous parle du médecin Mautel, qui fut saigné trente-deux fois pour une lièvre continue (Lettre xxxvm); là, il nous apprend qu'il lit saigner vingt-quatre fois son propre fils pour la même maladie {Lettre cm); et ailleurs, qu'il se fit saigner sept fois lui-même pour un rhume (Lettre excu). Le premier médecin du roi, Cousinot, ayant eu un fort rhumatisme, fut saigné soixante-quatre fois en huit mois, — et finit par guérir (Lettre cxciv). Quelle réflexion pourrait-on ajouter à ces chiffres, qui sont assez éloquents? Il faut voir comme il invective Gui de la Brosse, le médecin ordinaire de Louis XIII, qui aima mieux mourir que d'être saigné, et Van Helmont, qui mourut enragé, dit-il, en punition de ce qu'il n'avait pas voulu se faire tirer du sang. Si son confrère Veslengius a succombé à une fièvre continue, c'est pour n'avoir été saigné que deux petites fois le dernier jour d'avril, etc., etc. Furetière s'est moqué de cette manie, dans sa satire IV. Quant à l'émétique, dont il est question quelques vers plus haut, cette drogue eut également, au dix-septième siècle, sa grande popularité, comme le quinquina. Ce fut avec le vin émétique que MM. Esprit, Brayer et Bodineau eurent l'honneur de tuerie fils de la Mothe le Vayer. Gui- Patin parle souvent aussi de l'emploi de ce remède. Le père Garneau, célestin, qui avait été guéri par le vin émétique d'antimoine, fit paraître en 1656, sur cette panacée, la Stimmimachie, ou le grand Combat des médecins modernes sur l'antimoine. Cf. V Antimoine purifié sur la sellette, comédie en vers (1668, précédée d'un argument sur Y émétique préparé.

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Ne veut pas jouer du ciseau. »

Aussi légère qu'un oiseau, Et d'un beau satin de la Chine1 Enrichissant sa bonne raine, Iris vint au commandement De la dame du firmament, Où Didon, tout agonisante, Sur son triste grabat gisante, Languissoit fort cruellement, Eipirant je ne sais comment.

Elle trouva la pauvre dame,

Dont le corps, luttant avec l'âme Avec d'incroyables efforts, Souffroit à la fois mille morts, Lors elle dit : « Je te délivre De tout ce qui te faisoit vivre.

Meurs, meurs donc; c'est trop lanter- Lors on entendit bourdonner (ner. »

Son esprit sortant de sa plaie :

Je ne sais si la chose est vraie.

Didon mourut, Iris s'enfuit.

Adieu, bonsoir et bonne nuit !

1 Voir, si l'on en est curieux, la définition et la description des diverses espèces de satin de la Chine ou satin des Indes, dans le Dictionnaire de commerce de Savary.

A MONSIEUR

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