‹ Le Virgile travestiChapitre 102 sur 218 · LIVRE QUATRIÈME r · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME r

Il la dissipe en un instant.

Avec ce bâton important

Il donne aussi sur les oreilles,

Et mille autres belles merveilles

Que je n'ai loisir de conter,

De peur de le trop arrêter.

Le voilà déjà qui côtoie.

Comme un aigle et non comme une oie,

Les flancs de son grand-père Atlas,

Vieillard qui doit être bien las

Depuis que son échine forte

Toute la masse du ciel porte.

Ce mont a sur sa sommité

Des grands sapins en quantité,

Qui couvrent sa tète et sa nuque,

Et lui font comme une perruque.

De son gros chef couvert de bois,

S'exhale maint nuage épais

Qui le cache et qui l'environne,

Et lui fait comme une couronne.

Sa bouche crache des ruisseaux,

Dont les froides et claires eaux

Se séparent en plusieurs fleuves ;

Tous les hivers, des neiges neuves

Lui font un justaucorps nouveau,

Qui ne quitte jamais sa peau.

Et toujours neige dessus neige

Son ventre et son grand dos allège

Contre le soleil toujours chaud

En ce climat plus qu'il ne faut.

Sa barbe, magasin de glace,

Fait honneur a sa large face,

Car la glace sied au menton

Mieux que la laine ou le coton.

Là, le Dieu porte-caducée

Fit sa première reposée,

Et puis, hachant dru et menu,

De ses quatre ailes soutenu,

Vint fondre sur les eaux salées.

Avec ses ailes étalées,

Il semble qu'il voudrait ramer, Tant il rase de près la mer :

Comme un oiseau de couleur bleue, Au bec long, à la courte queue, Un peu moins gros qu'un sansonnet, Que l'on appelle un martinet, Nage de l'aile à fleur de l'onde, Et puis tout â coup son fond sonde, Afin de prendre au dépourvu Un petit poisson qu'il a vu, Et puis, l'ayant happé, le croque Tout vif, arête, écaille et coque ; Tel, mais quatre fois plus léger, Des Dieux Tillustre messager, Du dos de monsieur son grand-père (Car Atlas engendra sa mère), Vint, rasant le bord Lybien, Fondre où le prince Phrygien, Avec Didon d'amour ravie, Menait une fort laide vie.

Ce gentil dieu que je vous di, Pour ne rien faire en étourdi, Se posa sur une chaumière ; Là de sa doub e talomiière Désembarrassant son talon, Il vit, faisant le violon Vis-à-vis de sa violonne, Messire ^iieas en personne, Poudré, frisé, fardé, tondu.

Un riche habit bien étendu Augmentait fort sa bonne mine :

Il était de belle étamine.

Le manteau de drap de Sidon, Présent de la dame Didon.

Comme cette reine amoureuse Et-ait une grande couseuse, Elle avait fort adroitement Chamarré d'un beau passement Et parsemé de points d'aiguille Autant l'habit que la mandijie.

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