‹ Le Virgile travestiChapitre 104 sur 218 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Son cœur n'y saurait consentir ; Et cependant il faut partir.

Il gratte et regratte sa tête Pour trouver un prétexte honnête De quitter ces aimables lieux :

Il pourrait alléguer les dieux ; Mais une amoureuse en colère Aux divinités peu défère.

Le pauvret, que fera-t-il donc, Etant confus s'il le fut onc?

Je conseillerais le beau sire, De s'en aller sans en rien dire, Quitte pour crier au larron.

En cet endroit maître i>Iaron N'a point approfondi l'affaire, Tellement qu'il se peut bien faire Que maître ^neas était soûl D'avoir toujours femme a son cou.

Et volontiers pliait bagage :

Mais, comme il était homme sage, On n'a jamais su tout de bon Si cela lui fâchait ou non.

Il fit venir maître Sergeste, Mnesthée. et Cloanthe. et le reste De ses amis les plus discrets.

Auxquels il dit : ce Soyez secrets; Ramassez tous vos équipages :

Les plus prompts seront les plus sages. Qu'on mette au plus tôt les vaisseaux En état de fendre les eaux :

Enfin que la flotte s'apprête, Et ne vous rompez point la tête Du sujet que nous en avons :

Soyons secrets, et nous sauvons.

De" mon côté, j'aurai la peine D'y faire consentir la reine.

En lui faisant un tel discours, Je sais le péril que je cours; Je ferai couler mainte larme.

Je causerai bien du vacarme.

Et je m'attends aux accidents Qui viennent d'ongles et de dents»

Elle aura beau faire la belle, Si partirai-je en dépit d'elle.

Me dût-elle sauter aux yeux.

Lorsque nous ferons nos adieux.

Comment ferai-je? que dirai-je?

Et par où le commencerai-je, Ce malencontreux compliment?

Par ma foi ! je ne sais comment!

Qui pourrait chang-er la corvée, Contre quelques coups d'escourgée!

Ou que ne suis-je déjà loin, Avec dix mille coups de poing! »

Ainsi parla messire Enée, Et sa troupe bien étonnée, Et pourtant aise de partir, Lui promit tout, sans repartir.

Mais leur clandestine entreprise A Didon fut bientôt appris-, Soit que la dame s'en doutât, Ou que la chose on lui contât.

Qui pouîTait tromper une amante?

Elle était un peu véhémente, Et voulait ce qu'elle voulait Quatre fois plus qu'il ne fallait; Mais, quand un nigaud lui vint dire (Dont il n'eut pas sujet de rire, Car le menton on lui pela.

Lorsque la chose il révéla):

Quand donc on avertit la dame Que de la moitié de son âme On Fallait bientôt séparer, Qu'^Eneas faisait préparer Sa flotte comme un infidèle.

Sans se soucier beaucoup d'elle, Alors la pauvre femme, alors Malade d'esprit et de corps.

Devint tout à coup la figure Du visage et de la posture .

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