LIVRE QUATRIÈME
De vaisseaux qui t'attaqueront :
Malheur à ceux qui ne fuiront I Gagne le devant sans remise.
Tu ne connais pas dame Elise :
Toute gracieuse qu'elle est, Alors que quelqu'un lui déplaît.
C'est une diablesse complète.
Toute autre femme est ainsi faite, Et n'est pas un pire animal Qu'une femme qui nous veut mal. «>
Cette pressante remontrance Mit ^neas si fort en transe, Qu'il ne put jamais dire rien Au messager Cylienien, Qui se perdit dans la nuit noire, Si Virgile est auteur à croire.
Lors ^neas, frottimt ses yeux, Qui peut-être étaient chassieux, Se mit, du plus haut de la poupe, A réveiller toute sa troupe, Criant bien fort : « Sauve qui peut!
Enfants, c'est à nous qu'on en veut. Un dieu du ciel me vient de dire Qu'on s'apprête à nous décoofire.
Bon dieu qui nous vient avertir D'éviter les peuples de Tyr, Dieu qui nous conseille la fuite, Nous allons nous mettre à ta suites Si tu veux attendre un moir,ônt.
Nous ferons ton commandement.
Qui que tu sois, dieu tutélaire.
Tu mérites un grand salaire, Et d'être en mon calendrier.
Et vous, que j'ai droit de crier Et de vous rompre aussi les têtes Alors que vous faites ies bêtes, Puisque vous me tenez pour chef.
Démarrons d'ici derechef; Quittons cette maudite rive.
Et quiconque m'aime me suive.
Ils en veulent, les basanés, A nos oreilles et nos nez.
Faisons donc de ramer merveilles.
Pour nos nez et nos oreilles :
Plutôt que d'en être perclus, J'aimerais mieux ne vivre plus.
Ces nez plats, ces puants de Maures, Sont de dangereuses pécores, Et Didon même ne vaut rien, Quoiqu'elle m'ait voulu du bien.
Allons donc, mes amis, courage, Eloignons ce fâcheux rivage, Gagnons la mer encore un coup ; Il nous importe de beaucoup, Puisqu'on en veut à notre vie :
Quand elle nous sera ravie Par ces Africains forcenés, Nous serons les plus étonnés. »
Cela dit, son maître pilote Donna le signal à la flotte; Puis, d'un fourreau de maroquin Tirant son glaive damasquin, yEneas en coupa le câble De l'ancre fiché dans le sable, Et les autres chefs l'imitant, C'est-à-dire en faisant autant.
Les vaisseaux en mer s'élargirent, Les flots de vaisseaux se couvrirent.
Et l'on ne vit plus dans le port Que vaisseaux qui prenaient l'essor.
Alors l'aurore violette Laissa dans sa couche mollette Le vieux Tithon, un maître fou, De s'être enchevêtré le cou.
Si vieil, d'une si jeune femme.
C'est une fort honnête dame.
Qui, tous les matins, de ses pleurs i Emperle, ce dit-on, les fleurs.
Lorsque la rive 1 asanée Fut d'elle tout ensafranée