‹ Le Virgile travestiChapitre 115 sur 218 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Et qu'elle eut semé ses joyaux

Sur fleurs, arbres, herbes," roseaux,

La Didon, que l'amour réveille,

Et lui met la puce à l'oreille,

Se jette en bas de son grabat.

Voyant que le point du jour bat

Ou" plutôt blanchit sa fenêtre.

Elle s'y mit pour reconnaître

Ce que faisait son cher ami,

Lors pour elle un diable et demi.

Quand elle vit, la désolée,

La flotte Troyenne envolée.

Et dans son port pas un vaisseau,

Mais seulement quantité d'eau,

Elle frappa de sa iDain close,

Comme s'il en eût été cause,

Son tant agréable museau,

S'égratig-na toute la peau,

Fit cent actions d'une folle,

S'appliqua mainte craquignole,

Pocha ses yeux, mordit ses doigts,

S'arracha le poil plusieurs fois,

Puis, se frappant deux fois la cuisse :

« Il s'en va, dit-elle, le Suisse,

Et pour ne revenir jamais!

Et toi, Jupiter, tu permets

Que je me trouve ainsi moquée,

Dans ma propre ville escroquée.

Et sans pourvoir tirer raison

D'une si noire trahison!

Et personne de mon royaume

Ne se fera pas Jean Guillaume

Pour étrangler à belles mains

Ce larron des plus inhumains !

Çà, qu'on l'attrape, qu'on le grippe;

Cà, qu'on le châtre, qu'on l'étripe.

Sortez, marchez, courez, volez,

Frappez, tranchez, tuez, brûlez.

Ah: que dis-tu, femme insensée!

Où diable est ta raison passée?

OÙ diable as-tu mis ta vertu?

Pauvre femme à quoi song-es-tu?

Oh! comme sans te donner trêve

Ton rigoureux destin t'achève !

Qu'il eût bien fait de t'assommer,

Quant tu te mis à trop aimer,

Et que tu te donnas en proie,

Et ton sceptre au prince de Troie I

Fiez-vous donc à ces pieux,

A ces gens qui baissent les yeux,

A cet homme de bien qui porte

Son vieil père à la chèvre morte,

Et qui sauve ses dieux du feu,

Afin de mieux couvrir son jeu !

Puisqu'ils ne sont qu'un contre quatre.

Ne pouvais-je pas les combattre,

Le prendre, et, l'ayant maltraité,

Le hacher en chafr de pâté.

Et faire des capilotades

De tous ses maudits camarades;

Et puis des membres rebondis.

Du fils faire un salmigondis,

Le servir à table à son père,

Et puis, après la bonne chère,

Lui dire : « Malheureux goulu,

ce Ton chien d"estomac est poilu,

« Et de ta propre géniture,

« Glouton, tu t'est fait nourriture ! »

Mais, peut-être, de ton côté

La victoire n'eût pas été;

Au pis aller j'y fusse morte.

Victorieuse ou non, qu'importe,

Puisque la victoire n'a pas

Pour Didon de fort grands appas!

Ou victorieuse ou vaincue,

Il faut toujours qu'elle se tue

Pour avoir commis le péché

De se donner à bon marché,

Et puis ma ruine, peut-être,

Pouvait causer celle du traître :

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