‹ Le Virgile travestiChapitre 117 sur 218 · LIVRE QUATBIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATBIÈME

Par quelques Dieux à moi fâchés, N'eût tous mes beaux exploits tachés. »

Après ce langage farouche Elle baisa deux fois la couche, Couche où la dame se perdit, Comme je vous ai déjà dit; Et puis après, toute changée :

« Mourons, et sans être vengée Dit-elle. C'est là le destin '

Que doit avoir une putain; Et qu'yEneas. voyant reluire La flamme qui va me détruire, Ait le cerveau tout étonné De ce présage infortuné! »

Ayant parlé de cette sorte, On la vit tomber dejui-morte, Sans dire un seul mot d7/^ manus.

Un glaive enti-e ses tétons nus Avait fait un large passage Par où cette dame peu sage Répandit de bon sang humain Par terre, non pas plein la main.

Mais plein une bonne écuellée • Et son àme, parmi mêlée, ' S'en alla je ne sais pas où.

Après ce bel acte de fou (Tout beau, je veux dire de folle).

Chaque valet joua son rôle Chacun ses cheveux arracha, Par grimace ou non se fâcha.

Des femmes les cris et huées Pénétrèrent jusqu'aux nuées.

On n'entendait que hurlements- Les poings, les visages gourmàris Faisaient un tintamarre étrange- Là quelqu'un les deux mains se manffe, La, 1 autre pèle son menton, Et l'autre de coups de bâton Se meurtrit le dos à soi-même ; Bref, le désordre est tout de même

tE YIEGILE XliAVESTI. — I. a

Que si Ton avait introduit L'ennemi de jour et de nuit Dedans Tyr ou dedans Carthage :

Le soldat s'anime au pillag-e, Et par les quartiers s'épandant Va tout prenant et tout perdant; Les cris de femmes qu'on viole, Les regrets de ceux que l'on vole, Sont portés jusque dans les cieux^ Et le feu, rendu furieux Par le vent qui se fait de fête, Paraît victorieux au faîte Des saints temples ?t des maisons.

Qu'il réduit après en tisons.

La confusion est semblable, Après cette mort déplorable, Dans Carthage, où les Tyriens Donnent au diable les Troyens.

Anne, ayant appris la nouvelle.

En pensa perdre la cervelle :

Elle y courut, se déchirant Le visage, et son poil tirant.

Frappant sur quiconque l'arrête, Et donnant de cul et de tèie, Elle se fit bientôt chemin A coups de pieds et C'ups de main.

Ayant ainsi chassé la tourbe.

Elle cria : « Ma sœur la fourbe.

Vous jouez dom; de ces tours-là?

Est-ce bien vivre que cela?

Vraiment vous en saviez bien d'autres Vous traitez donc ainsi les vôtres, Et tout cet apprêt d'échafaud Etait un attrape-nigaud?

Mais, hélas! de quoi me plaindrai- je A qui raison demanderai-je?

Pour avoir trop tôt obéi.

J'ai tout perdu, j'ai tout trahi.

O bourgmestres de Carthage, Voufc navez guère de courage

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