‹ Le Virgile travestiChapitre 118 sur 218 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

Si contre dame Anne fâchés, En morceaux vous ne la hachez!

0 sœur, autrefois si jolie, Vous avez fait une folie, Laquelle on ne peut réparer.

Avez-vous dû vous s^éparer D'une sœur qui fut si fidèle?

Il vallait mieux s'assurer d'elle, Puis toutes deux, d'un coup fourré, Chacune en main glaive acéré, S'entre-pénétrer la peau tendre, Ou bien dun taillant se pourfendre.

Au moins si j'avais assisté A ce trépas prémédité.

J'aurais eu du gdn dans ma perte, Et j'aurais gobé, bouche ouverte, L'âme de ma sœur s'en volant, Si que l'une à l'autre mêlant, J'en aurais une bonne paire Et ce serait un bon affaire De pouvoir en aider à point Quelque ami qui n'en aurait point.

Çà, de l'eau, vite qu'on m'en puise.

Afin que je la gargarise.

Ou bien plutôt un peu de vin :

Ma sœur aimait ce jus divin.

Mais à propos, de 1 émétique, Car il est, dit-on, miriiique, Et ressusciterait un mort.

Que ne la saignait-on, d'abord?

La mort est souvent éloignée Par une première saignée.»

Tenant ces funestes propos, Comme elle avait le corps dispos, Haute en jambes comme une autruche, Et grimpait comme une guenuche, Elle se ht voir d'un plein saut Au beau milieu de l'échafaud.

Là recommencèrent les plaintes^ Et les souffletades non feintes,

LE VISGILB TRAVESTI

Didon voulut le jour lorg:ner.

Mais il fallut bientôt clig-ner.

Elle voulut par bieu séance

Faire à sa sœur la révérence,

Mais elle en eut le démenti

De son corps trop appesanti.

Trois fois sa mourante paupière

S'ouvrit, pour chercher la lumière.

Et, l'ayant vue, elle lâcha

Un soupir, et ses yeux boucha.

Junon, voyant la mort camuse

Qui trop cruellement s'amuse,

Comme se plaisant à son jeu,

A tuer Didon peu à peu,

Elle appela sa messagère

Iris, déesse fort légère.

Iris venue, elle lui dit :

« Va-t'en couper le fil maudit

De ma Didon infortunée.

Elle avance sa destinée,

C'est pourquoi son àme ne peut

Sortir aussitôt qu'elle veut,

Et sans doute la Parque grise,

Qui se fâche d'être surprise.

Ne veut pas jouer du ciseau. »

Aussi légère qu'un oiseau.

Et d'un beau satin de la Chine Enrichissant sa bonne mine, Iris vint au commandement De la dame du tirmament.

Où Didon, tout agonisante.

Sur son triste grabat gisante, Languissait fort cruellement.

Expirant je ne sais comment.

Elle trouva la pauvre dame, Dont le corps, luttant avec l'âme Avec d'effroyables efforts, Soufl'rait à la fois mille morts.

Lors elle dit : « Je te délivre De tout ce qui te faisait vivre.

LrV'IlE QUATRIÈME 10.

Meurs, meurs donc; c'est trop lanterner. » Lors on entendit bourdonner Son esprit sortant de sa plaie :

Je ne sais si la chose est vraie.

Didon mourut, Iris s'enfuit.

idieu, bonsoir et bonne nuit.

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