LIVRE CINQUIÈME
Et jeux de disposition, D'Acestes rinclination, Qui raccompagnaient à la chasse, Et qui chassaient tous deux de race.
J'oubliais Salie et Patron, Dont l'un, à ce que dit Maron, Etait issu d'Acarnanie, Et l'autre venait d'Arcadie.
Maron n'éclaircit pas trop bien Qui des deux est TAcardien, Et qui vient de TAcarnanie, Et Scarron fort peu s'en soucie.
Il suffit que tels qu'ils étaient, Du sang Tegsean ils sortaient.
Plusieurs autres se présentèrent, Lesquels seulement se lassèrent, Et dépensèrent force pas; Je ne les nommerai donc pas.
Déchargés de ventre et de croupe, Ces beaux coureurs vinrent en troupe Se planter, bien délibérés.
Et de leur vitesse assurés, Devant le brave fils d'Anchise, Dont la î)ersonne était assise Sur un billot, en un lieu haut, Comme je vous ai dit tantôt.
D'où, par le moyen de sa langue.
Il fit ouïr cette harangue :
« Qui de vous ne courra bien fort, Par feu mon père ! aura grand tort,.
Car quand on court bien on attrape.
Pour vous faire mordre à la grappe.
Ecoutez ce que de bon cœur Je prétends donner au vainqueur :
Deux beaux dards à la Gnossienne, Dont les bois ne sont pas d'ébène; Une pertuisane de fer Qu'on peut richement étoffer, Si l'on y veut faire dépense De la façon que je le pense ;
Ces présents en commun seront Pour ceux qui les disputeront.
Aux trois plus vites je destine Un cheval de fort bonne mine, Richement caparaçonné D'un camelot pâle'tanné, Qu'un bord de cuir doré galonné; Plus, une trousse d'amazone, Ses flèches et son baudrier, De la main d'un bon ouvrier, Sur lequel reluit une perle Aussi grosse que l'œil d'un merle; Plus, une salade d'Argos, Présents qui valent trois lingots.
Puis chacun criant sur eux vive^ Ils seront couronnés d'olive. »
Chacun prit place, cela dit.
Le signal donné, l'on partit Au son de la trompette enrouée.
Vous eussiez dit une nuée Qui dans la lice s'épandit; L'air épais sur eux se rendit, La poudre de leurs pieds, émue, Faisant sur leur tête une nue.
L'œil, plus vite que le pied, fut.
Dès le commencement, au but, D'où, tacitement, il exhorte A courir le pied qui le porte.
Nise les autres devança, Et derrière lui les lais'sa Les poitrines toutes pantoises.
De la longueur de quatre toises; Après lui, mais loin de lui, court Salins, qu'un espace court Sépare du jeune Euryale, Qu'Hélymus peu s'en faut égale, A qui le dernier, Diorès.
Souvent bat les talons exprès, Et par malice, dans la fesse Lui met le bout du pied sans cesse»