‹ Le Virgile travestiChapitre 139 sur 218 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

Non pas pour fonder des arrêts, Mais des pierres, cailloux et grès.

Les uns avaient l'arc et la flèche (Car d'engins à ressort ou mèche, Qu'on appelle instruments à feu, En ce temps-là l'on usait peu) ; Les autres, d'une lance gaie, Ou d'une pique de Biscaye (Disons plutôt de tous les deux, Pour tenir les gens moins douteux), Avaient leur patte droite armée, Et leur tête tout emplumée, Comme leur col était paré De collier de laiton doré.

Sous trois fort jolis capitaines En justaucorps de tirelaines.

Furent formés trois escadrons ; Le premier, fraises à godrons, Le second, tèrières Anglaises, Et le tiers, capes Béarnaises, Rendaient, pour mieux garder leurs rangs, Les uns des autres différents.

L'un des chefs de ces gens d'élite Etait fils du pauvre Polite, Le jeune ûls de Priamus, Qu'assomma Néoptolémus.

Il montait en chausses de page, Un fort beau cheval de bagage, Mais pourtant qu'on avait dressé, Et qui franchissait un fossé Aussi large qu'une rivière.

Comme un autre eût fait une ornière.

Le second chef était Atys, Pour qui d'amoureux appétits, Ascanius, le fils d'Enée, Avait la raison fascinée.

Etant de cet Atys si fou, Qu'il l'avait toujours à son cou.

Le sieur Maron, de sa monture Ke nous fait aucune peinture ;

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Mais sans doute il était monté En homme de sa qualité.

Le plus beau de tout fut Ascagne r Son cheval, couleur de châtaigne, Le meilleur cheval de Sidon, Etait un présent de Didon.

Ce cheval était une bête Propre à paraître un jour de fête, Oui faisait le saut de bélier, Et duquel souvent cavalier, Sans le secours de la crinière.

Tombait la tête la première ; Mais tant fût-il mauvais cheval, Courant à mont, ou bien à val.

Quand il eût fait le diable à quatre, Il n'eût pu notre Iule abattre.

Savant du pied et de la main, Comme un créât de Benjamin, Ou d'autre chef d'Académie, Qu'ici je n'alléguerai mie.

Pour les autres jeunes cadets Acestes fournit des bidets Et mainte jument poulinière, Que les poulains suivaient derrière.

Les Troyens frappèrent des mains, Voyant les fils de leurs germains.

De leurs cousins, de leurs cousines.

De leurs voisins, de leurs voisines.

Et quelques-uns aussi des leurs, Habillés en petits seigneurs, Et parés en coureurs de bague, Sur les reins coutelas ou dague ; Ils reconnurent dans leurs traits De leurs amis morts les portraits, Quoiqu'on leurs visages la crainte En couleur pâle fut dépeinte A cause qu'ils s'épouvantaient De leurs chevaux qui trop sautaient»

A la fin, ils se rassurèrent, Et dans leurs selles s'ajustèrent.

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