‹ Le Virgile travestiChapitre 146 sur 218 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

OÙ je laisserais les truands

Et tous les esprits remuants

Qui ne sont bons qu'à ne rien faire,

Obéir mal et toujours braire ;

Les enfants, les itemmes sans dents,

Les malades, les vieilles g-ens,

Bref, toutes personnes oiseuses,

Ainsi que des brebis galeuses.

Le cher Acestes régira

La canaille qu'on laissera :

Une ville Aceste nommée,

De bonnes muraille fermée,

Sera désormais le taudis

De ces fainéants engourdis;

Et pour vous, brave fils d'Anchise,

De tous ceux qui seront de mise ,

Qui sauront des mieux fourrager,

Les villageois faire enrager,

Piller maisons, brûler villages,

Faire serments de tous étages,

De ceux-là, dis-je, vous serez

Le chef, et vous les mènerez

Guerroyer les peuples du Tibre,

Pavière^de petit calibre,

Mais qui lorgnera de travers

Tous les fleuves de l'univers,

Ei: sur eux, et sur leurs nacelles,

Aura droit d imposer gabelles,

Er. de les traiter de ruisseaux,

Quoique portant de grands bateaux. »

Là finit le maître prophète.

Un flegme entrant en. sa luette, L'empêchant de continuer.

Et le faisant éternuer; Mais, pour tout cela, maître Enée Se tOLurmente en âme damnée, Et n'en a pas moins d'embarras.

Il se mit en ses sales draps Lorsque la nuit, la claire brune.

Pour bien faire honneur ^ la lune.

lob LE VIRGILE TRAVESTI

Du Ciel son père avait chassé :

L esprit donc bien embarrassé,

Et se repaissant de chimères.

Anchise, le meilleur des pères,

Le vint voir en habit décent,

Car, son brave fils connaissant

Et sachant bien que le fantôme

Lui causait aisément symptôme,

Et qu'outre les rats et souris

n craignait bien fort les esprits,

gt Que lors, étant d'humeur sombre,

b 11 lût venu lait comme une ombre

Et, contrefaisant le hibou.

-^neas fût devenu fou;

Au sortir de la cheminée,

Il dit : « Dieu vous gard', maître Enée !»

Enee en son lit s'enfonça.

Ou de frayeur même il pissa, Cornme en vision repentine Ordinairement on urine.

Anchise lui cria : « Tout beau,

^neas, retenez votre eau,

Et tordez bien votre chemise.

Je suis votre bon père Anchise;

Pour vous avoir trop bien traité.

Je vous ai fait enfant gâté.

Jupiter, qui, par un orage,

A fini du feu le ravage.

M'a soigneusement envoyé

Pour, dans votre esprit dévové,

Remettre toute chose en ordre.

On ne saurait trouver à mordre

Sur ce que Nautès vous a dit ;

A son conseil donnez crédit :

C'est un conseil très-salutaire.

Ceux qui sauront bien dii-e et faire,.

Aillent avecque vous chercher

Les lieux où vous devez nicher.

Sur les bords bienheureux du Tibre

Vous trouverez un peuple libre,

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