LIVRE CINQUIÈME
Et qui fronde en diable et demi
Quand il lui vient quelque ennemi.
Mais, devant qu'aller à la g-uerre,
Il vous faut aller dessous terre
Visiter le royaume noir.
De messer Pluton le manoir :
Là, vous verrez votre bon père
Qui vous fera faire bonne chère,
Car je ne suis pas un damné
De mille feux environné ;
Mais dans les beaux Champs-Elysées,
Où les âmes canonisées
Passent le temps fort plaisamment.
Je tiens un bel appartement.
En ces lieux madame Sybille,
Que chacun croit comme Evangile,
Vous mènera droit comme un hl,
Lors j'exercerai mon babil
Sur votre généalogie,
Que je sais par coeur sans magie.
Mais une ombre ne peut tenir
Contre le jour qui va venir;
Le soleil levant qui me lorgne,
M'a rendu quasi d'un œil borgne :
Devant que l'autre en ait autant.
Je me retire en clignotant. «
Lors se perdit madame l'ombre Dedans l'air encore un peu sombre; -^neas, avec grand effroi, S'écria : « Que l'on vienne à moi! »
Puis, sa frayeur étant passée^ Et sa hongreline endossée, Il dit (mais il n'était plus temps) :
c( Mon cher père, je vous attends Revenez, je vous en conjure!
Ah ! vous avez l'âme bien dure De me visiter pour si peu. »
Puis, voulant allumer du feu Qu'il avait caché sous la cendre, Le bon seigneur, au lieu de prendre
Les pincettes comme il devait, Il se brûla le maître doigt, Il s'écria, tout en colère :
« Malepeste du chien de père.
Et qui me l'a donc ramené?
Au grand diable soit-il donné ! d
Mais aussitôt le bon Enée, Comme il était âme bien née, Du blasphème se repentit El grande douleur en sentit.
Il tira de son escarcelle Un gros d'encens mâle ou femelle.
Puis escrima de l'encensoir; Mais par malheur il fit tout choir, Et remplit sa chambre de braise.
Ayant donné contre une chaise.
Puis après, au sel et à l'eau, Il fit lurs le premier tourteau.
Qu'on nomma depuis tallemouse, Ainsi que pédants plus de douze Ont écrie, je ne sais comment.
En un certain petit comment.
Cette offrande fut présentée A Testa, déesse édentée.
Car elle a bien quatre mille ans.
Ou cinq mille, si je ne mens.
Ayant ainsi fait son offrande.
Et chanté certaine légende.
Il chercha ses gens à grands pas, Qui d'abord ne le crurent pas ; Mais, quand un homme d'honneur jure, Il faut avoir l'âme bien dure Pour ne croire pas son serment, Ne fût-ce que par compliment :
Ils le crurent donc, comme Aceste, Que la volonté manifeste Des grands dieux rendit si soumis, Qu'il promit tout à ses amis.
Sans s'amuser à la moutarde.
Le bon maître ^neas n'eut garde