‹ Le Virgile travestiChapitre 152 sur 218 · LIVRE CINQÎJIÈ:\rE · texte numérisé non relu

LIVRE CINQÎJIÈ:\rE

Se mit à rire comme un fou Le laissant boire tout son soûl.

Après Taction meurtrière, Ce bon Dieu qui ne valait guère, Sans faire de bruit, secouant Ses deux ailes de chat-huant, Se perdit dedans les ténèbres, Où quantité d'oiseaux funèbres, Qui le suivent partout en corps, L'attendaient comme des recors, La nef, ainsi dépatronnée.

Et mômement détimonnée.

Ne laissa pas d'aller son train, A cause que le temps serein Promis par le père Neptune La sauvait de toute fortune.

Certain vent pourtant qui régnait, Dans des écueils que l'on craignait, Fort renommés par les Sirènes, Dont Ton conte mille fredaines, La portait petit à petit.

Quand messire ^'Eneas sentit, Ou que son pilote était ivre, Ou qu'il avait cessé de vi^Te, Et, si Dieu n'y mettait la main, Qu'il était en 'mauvais chemin, Il s'en alla, le cœur en glace, Chercher Palinure en sa place :

Il vit. ô regrets superflus!

Que Palinure n'était plus.

Et que lui, monseigneur son maître, S'en allait aussi cesser d'être.

Ses vaisseaux voguaient à tâtons, Ainsi qu'aveugles sans bâtons ; Et la périclitante flotte S'en allait faire de la sotte, Et se fracasser à travers De force écueils des flots couverts.

Déjà le murmure de l'onde, En ce lieu-là qui toujours gronde

180 LE VlRGILl TRAVESTI

(Un très-insupportable bruit, A ceux qui naviguent de nuit), Le rendait pâle comme un linge.

Le front ridé comme un vieil singe; Pèlerinages il voua :

Je ne sais pas s'il les paya, Mais en une affaire mauvaise, Ainsi que l'or en la fournaise, C'est alors que le bon Seigneur Se montrait homme de valeur, Sa nef ainsi dé imonnée Fut par lui si bien gouvernée.

Et le Seigneur fut tant adroit, Tournant à gauche, ou bien à droit, Qu'éloignant le mauvais passage.

Si commode à faire naufrage, Il s'élargit en pleine mer.

Non sans un regret bien amer De la perte de son pilote.

Incessamment il en sanglote, Criant : « Hélas ! mon cher ami ï Pour avoir un peu trop dormi.

Vous allez servir de repue A quelque turbot ou barbue, Ou sur quelque bord inconnu V'ous serez exposé tout nu. »

Page 1