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LIVRE SEPTIÈME

Perroquet, coq d'Inde, écrevisse, Selon que voulait le caprice De cette dame que je di.

Plus savante que Gaufredy.

Bref, pleines étaient ses étables De mille brutes raisonnables Qui faisaient un bruit là-dedans A faire tressaillir les gens.

Ceux des nefs qui s'en effrayèrent A Jupin se recommandèrent.

Maître yEneas, qui redoutait D'être plus bête qu'il n'était, Fit en ce péril si notoire Une oraison jaculatoire (Jaculatoire, à ce qu'on croit, De jacidando vient tout droit) .

Or, Neptunus, dieu débonnaire, Quoique souvent il fasse faire A maint vaisseau le soubresaut.

Sachant bien qu'il y faisait chaud, Et qu'on devenait bête fière Dans l'île de cette sorcière.

Fit souffler un vent à propos Qui leur mit l'esprit en repos.

Interposant mainte eau salée Entre eux et l'île ensorcelée.

Cependant qu'ils voguaient ainsi Exempts de crainte et de souci, Et changeant leur froide tristesse En mille chansons d'allégresse, La mer du lever du soleil Recevait un éclat vermeil ; La lune et toutes ses suivantes (Ce sont les étoiles errantes) Se retiraient sans faire bruit Ainsi que les oiseaux de nuit.

Et l'Aurore, franche coquette, Laissant ronfler dans sa couchetts Son cocu caduc et grison, Se promenait par l'horizoïi,

Peignant la surface des choses D'une belle couleur de roses :

Cela veut dire que le jour Après la nuit vint à son tour.

Que si j'avais cru mon courage, J'en aurais bien dit davantage, Et, pour dire que le jour vint, J'aurais fait des vers plus de vingt.

Lors, par toute l'humide plaine Chaque vent retint son haleine, Si bien que le moindre zéphir Ne fit pas le moindre soupir, Et sur ce grand miroir liquide Qu'on ne vit pas la moindre ride.

Si ce n'est autour du vaisseau Quand l'aviron entamait l'eau.

Maître ^neas, toujours alerte, Toujours l'œil et l'oreille ouverte, Attentivement regardait Vers la terre qu'il abordait, Parcourant des yeux le rivage Propre à faire un beau paysage :

Il vit un bois, et tout auprès Le Tibre comme fait exprès, Tant ce bon fleuve à Son Altesse Fut un grand sujet d'allégresse.

Ce fleuve, quoique tant vanté.

N'était pas à la vérité Remarquable pour son arène :

La sienne était un peu vilaine.

Ou plutôt c'était du bourbier.

Par honneur qu'on nommait gravier.

Quantité d'oiseaux aquatiques Sur ces rivages pacifiques Volaient, nageaient joyeusement, Et chantaient aquatiquement.

Maître ^neas se mit a rire.

Et s'évapora le beau sire.

La joie est un pas bien glissant, Si sui" soi l'on n'est bien puissant : .

LIVKE SEPTIÈME 75

Quand la moindre chose succède, Nous devenons fous sans remède.

Qu'ainsi ne soit, ce bon seigneur.

Dans les malheurs si plein de cœur, De joie eut la tête assez folle Pour lors faire une cabriole :

Il n'y réussit pas trop bien, Mais on ne fit semblant de rien, Car toujours les princes on flatte.

Un prince, eût-il la face plate Et le nez au niveau du front, Un courtisan, un gobe-affront, Aura rame assez mercenaire Pour lui dire, afin de lui plaire, Qu'il a le nez comme Cyrus, Dont le nez fut des plus membrus.

Pour revenir à maître Enée, Par la rencontre inopinée De ce fleuve tant souhaité, S'étant ainsi fort emporté (Mais de bon cœur je lui pardonne).

Il rama lui-même en personne.

Pour donner courage a ses gens, Lesquels, à ramer diligents, Firent entrer la flotte entière Dans le canal de la rivière.

Où joyeux nous les laisserons, Et d'autre chose parlerons.

Dame Erato, ma chère Muse, Inspire à mon esprit de buse Quantité de termes plaisants Sans pourtant être médisants, Pour bien passer par l'étamine L'état de la terre Latine, Quand ^neas et tout son train En vint envahir le terrain.

Inspire-moi bien, je te prie, De la fine plaisanterie :

Ce n'est pas ici jeu d'enfant.

C'est le fardeau d'un éléphant

76 LE VIRGILE TBAVESTI

Que ce que je veux entreprendre,

Et j'aurai grand'peine à me rendre

Jusqu'où j'ai fait dessein d'aller,

Si tu ne m'aides à voler.

Ma plume est beaucoup fatiguée,

Et ^"e n'ai plus cette âme gaie

Qui m'a fait, malgré tous mes maux,

Le moins chagrin des animaux.

Ici le sujet héroïque

Aux vers burlesques fait la nique :

Ce n'est plus ici que combats,

Que séditions, que débats,

Un roi très-faible par la tête,

Une reine qui fait la bête,

De plus folle à courir les champs ;

Deux rivaux qui font les méchants.

Et qui se font tirer à quatre

Auparavant que de se battre

Pour une infante à l'œil mourant

Que l'on donnait au plus offrant;

Mais madame la Destinée

La gardait pour messire Enée.

Mettons fin à l'avant-propos.

Latinus régnait en repos Sur les Latins. Sous ce bon maître, Chacun, heureux comme un bon prêtre, Sans craindre impôt ni maltôtier, Vivait fort bien de son métier :

Les seigneurs vivaient de leurs rentes, Payaient mal valets et servantes, Et, comme l'on fait maintenant, Battaient quelquefois le manant.

Le roi Latin, doux comme sucre, Aimant l'honneur plus que le lucre, Eut pour sa mère Marica :

Faunus pour elle se piqua ; Elle fit peu de résistance.

Sitôt qu'il eut conté sa chance.

Picus engendra ce Faunus, Et ce Picus de Saturnus

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