LIVRE SEPTIÈME
Et cette malheureuse fiUe Sera la femme d'un soudnlle, D'un fanfaron, jureur de Dieu, D'un gueux qui n'a m feu m lieu?
Et Turnus, qui l'a tant servie, Et qui raime plus que sa vie, De parents sans reproche issu, Qui n'est ni boiteux ni bossu, Se la verra prendre, à sa barbe, Par un larron, par un Alarbe, Un Turc, qui, dès le lendemain Du jour qu'il aura mis sa main Dans celle de ma Lavinie, Avecque sa troupe bannie S'enfuira nous laissant tous deux S'arrachant et barbe et cheveux.
Ainsi ût de la garce Hélène Le pâtre au courage de lame, Paris, le miroir à putain; Ainsi fera pour le certain Ce corsaire de maître Enee, Qui, de notre fille emmenée, Etant lassé de s'ébaudir, La plantera pour reverdir. ^ Si le dieu Faune et maint présage T'ont fait savoir qu'en mariage Tu ne dois ta fille loger Qu'avec quelque prince étranger, Faut-il que Ta Majesté craigne, Turnus n'étant pas sous ton règn<.
Mais notre voisin seulement.
De la donner, et promptement, A ce Turnus dont le bien monte A dix mille écus à bon compte.
Le tout en droits seigneuriaux, Qu'on m'a dit être les plus beaux?
Turnus, à qui l'on l'a promise, Doit l'avoir de nous sans remise, Ou, si tu la lui veux ôter, Le diable te nuisse emporter!!)
Î04 LE VIRGILE TBAVESTI
Ainsi parlait la reine Aimée, Qui fut diablement enflammée, Quand, tenant tels discours souvent Autant e5i emporta le vent. *
Cependant, après cent batailles, L'esprit d'Enfer, dans ses entrailles Etant devenu le plus fort, Fit prendre à son bon sens l'essor- Et voilà madame la reine, '
De l'Esprit d'Enfer toute pleine, Qui court aux Petites-Maisons, Eût-elle cent mille raisons :
Mais la pauvre reine, peu sage, N'en avait rien qu'une en partage- Mais, quand elle en eût eu beaucoup.
Elle les perdait pour ce coup.
Tant elle fut endommagée De la bête en son corps logée.
Elle court la ville et les champs, Les sages Latins se cachants.
Soit dans les champs, soit dans la rue Tant fort elle mord, frappe et rue. ' Virgile, qui n'est pas un sot, Ici la compare au sabot, Quand d'enfants la troupe morveuse.
Et quelquefois aussi galeuse, A coups de lanières de cuir, Par-ci, par-là, le font fuir ; Le pauvre sabot, pour leur plaire.
Fait mainte course circulaire, Et les marmousets, à grands coups, Le chassent, riant comme fous.
De même la reine, étourdie Plus que sabot ni que toupie, Court en fureur par-ci par-là.
Chacun, tremblant, dit: «La voilà!»
Au diable qui voudrait l'attendre, Ni pour d'elle son plaisir prendre, Ni pour tâcher de l'arrêter; Quelque sot irait s'y frotter.