‹ Le Virgile travestiChapitre 3 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Junon, par la trappe des cieux.

Par malheur vint jeter les yeus:. '

Quand elle les vit ainsi rire,

Elle en accrut si fort son ire,

Que, si son lacet n'eût rompu.

Outre qu'elle avait bien repu,

Je crois, Dieu veuille avoir son âme !

Qu'elle eût crevé, la bonne dame.

L'esprit donc quasi perverti :

« J'en aurai donc le démenti,

Cria-t-elle, et cette g-ueusaille

A ma barbe fera gog-aille !

Quoi ! Pallas, qui n'est que Pallas,

A pu ce que je ne puis pas!

Contre les Grégeois animée.

Du foudre de son père armée,

Pour un seul, elle a fait sur tous

Pleuvoir une grêle de coups ;

Elle a bien pu réduire en poudre

Le pauvre Ajax d'un coup de foudre,

Jeter les Grecs, qui cà, qui là,

Et je ne pourrais pas cela?

Et malgré moi la destinée

Gardera ce faquin d'Enée?

Et moi qui suis, sans me vanter,

Sœur et femme de Jupiter,

Je ne pourrai, quoi que je fasse,

Perdre cette maudite race.

Et chacun me méprisera,

Et pas un ne m'adorera?

Car qui diable serait si bête

De vouloir célébrer ma fête?

Qui voudrait me sacrifier

Bœuf, vache, mouton ou bélier,

Oui, bœuf, mouton, bélier eu vache?

Il n'est personne que je sache

Qui veuille m'offrir seulement

Un rat, qui n'est qu'un excrément. »

Cela dit avec violence, La déesse, à beau pied sans lance,

S'en alla trouver Eolus,

Roi non pas des plus absolus,

Car les Vents, dont 11 est le maître.

Lui font souvent bien du bissêtre,

Etant inconscants et légers;

Mais pour éviter les dangers,

Il les tient dans une caverne,

Où Ton ne va point sans lanterne :

Autrement, ces séditieux

Bouleverseraient terre et cieux.

C'est pourquoi, craignant leur folie,

Il les emprisonne, il les lie ;

Mais le vent coulis seulement

Sort, quand il veut, impunément.

Les autres vents souvent s'échappent;

Lors, malheur a ceux qu'ils attrappent.

Malheur aux arbres, aux clochers,

Malheur aux vaisseaux, aux nochers,

Malheur à toutes chemmées.

Qui deviennent lors eufumées.

Etant ainsi capricieux,

Jupiter, le grand roi des cieux.

Dessous de grandes roches dures,

En de grandes caves obscures,

Les tient enfermés sous la clef,

Imposant dessus eux un chef

Qui leur lâche à propos la bonde

Quand il faut balayer le monde.

C'est donc là que la dam.e vmt.

Voici le discours qu'elle tmt.

Quasi parole pour parole, .

Au roi des quatre vents, Eole :

«0 toi, qui fais ce qui te plaît

Du Sud, du Nord, de l'Ouest, de 1 Est,

Et qui, de mon époux et frère, ^

Roi des hommes, des dieux le père,

As eu le don de rendre l'air ,

Comme tu veux, obscur ou clair;

Une caravane troyenne

Vogue dessus la mer Tyrenne s

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