LIVRE SEPTIEME lUJ
Et gros comme poils d'époussette,
Et sa voix était de chouette.
Ecoutez ce qu'en bégayant,
Et sur un bâton s'appuyant,
Elle dit à l'infant Rutule :
« Prince aussi quinteux qu'une mule,
0 Turnus, ô Turnus, Turnus,
Tandis que le fils de Vénus
Sous le pied te va coupant l'herbe,
Comme dit Tantique proverbe,
Tu t'amuses, ainsi qu'un veau,
Comme un blondin qui fait le beau,
A dormir jusqu'à près douze heures.
Ma foi, tandis que tu demeures
Dans ton lit du matin au soir,
Ton père ferait son devoir.
S'il venait, durant la nuit sombre.
De coups d'étrivières sans nombre,
T'apprendre qu'à tel jouvenceau
Dormir ainsi n'est pas trop beau.
Cependant qu'ainsi tu repose-,
Un rival fait bien d'autres choses.
Et suit bien des chemins meilleurs :
Il t'expose à tous les railleurs,
Dont on dit que sa flotte abonde,
Les plus grands goguenards du monde>
Qui sur un mot, qui sur un rien,
Font enrager les gens de bien.
Qui pis est. Latinus lui donne
Son héritière et sa couronne :
C'est, par ma foi, te bien payer.
Va, va-t'en encore essuyer
Les traits des galères Toscanes,
Et leur faire faire les canes.
Va, va-t'en donner à grands frais
A ton roi des Latins la paix;
Et de la paix par toi donnée
Jouira ton rival Enée.
Lors Dieu sait de te voir tondu
Combien tu seras confondu.
Souffrant une guerre intestine Dans ta malheureuse poitrine, Et de ton chef frappant les murs, Qui, comme tu sais, sont bien durs.
Junon, qui s'en trouve offensée, M'a dit là-dessus sa pensée, Et moi je te la fais savoir :
Songe un peu plus à ton devoir; Trop dormir fait mal à la tête, Et trop dormir, c'est vivre en bête.
Excite-toi, jure un peu Dieu, Prends ton épée et ton épieu.
Et, suivi de vilains visages.
Va faire cent mille ravages, Et;, si la chose le requiert.
Ayant pris les Troyens sans vert.
De leurs nefs va faire grillade. »
A cette malplais^nte aubade, Turnus, riant du bout des dents.
Lui dit : « Vieille aux tétons pendants, Qui diable si matin t'amène Avecque ta mauvaise haleine.
Venir troubler mon doux sommeil?
Va, va, rengaine ton conseil, Et t'en va liler ta quenouille.
La flotte qui près d'ici mouille N'y mouille point à mon insu; La vieillesse a ton œil déçu, Et te fait avoir la berlue, " Vieil barbon ou vieille barbue, Car ton menton, si fort barbu, Rend ton sexe fort ambigu, Et tu peux être de ces dames Sujettes au vin comme aux femmes. De ton temple, et des Immortels, Va-t'en tenir nets les autels, Et me laisse la guerre à faire.
Ma foi, c'est bien là ton affaire, C'est bien toi qui dois conseiller A moi Turnus de batailler !