LIVRE SEPTIÈME
Junon, qui s'en trouve offensée, T'a dit là-dessus sa pensée :
Où diable l'as-tu controuvé?
Va, va, ton vin n'est pas cuve, Va le cuver, vieille ivrognesse, Ou, si je découvre ta fesse.
Par cent claques sur ton cul see Je t'imposerai le respect, Vieille pèque des plus fâcheuses, Toute de parties honteuses. «
Turnus en voulait dire plus.
Suivant de sa langue le flux; Mais rimpitoyahle Furie, ^ Qui n'entend pas la raillerie, Après deux ou trois cris perçants Qui bouleversèrent le sens De Turnus avec son courage, Reprit son infernal visage, Large dun empan et demi. ^ Dieu sait s'il eut le teint Wemi, Turnus, quand les serpents sifflèrent Et sur le chef se hérissèrent De ce monstre orgueilleux et ner.
Ses yeux, ardents comme brasier.
Dans son cœur jetèrent la fièvre; Il devint peureux comme un lièvre, Il voulut parler, et ne put, Son haleine puante en lut (Car on a puante l'haleine ^ Lorsque l'on a l'esprit en peme, Outre que, quand il essaya De parler, elle l'eflraya, Dont il eut bien fort la courante, Comme on a su de sa servante. De deux de ses crins les plus longs»
Serpents gros comme des dragons.
Elle fit, la dame enragée,
Une manière d'escourgée,
La faisant rudement claquer;
Et puis faisant ses dents craquer.
Elle acheva de déconfire
Turnus, le très-valeureux sire :
Il en pissa de peur au lit,
Et voici ce qu'elle lui dit,
Reprenant ses mêmes paroles •
«Regarde, tête des plus folles,
Si mon menton est fort barbu,
Et si mon sexe est ambigu.
Je ne suis barbon ni barbue,
Et mon œil n'a point la berlue,
Et je ne sais rien controuver,
Et n'ai point de vin à cuver,
Et je ne suis point ivrognesse,
Et si tu découvres ma fesse.
Tes cent claques sur mon cul sec
Ne m'apprendront pas le respect.
Je n'ai point puante l'haleine ;
Mais je suis ta fièvre quartaine,
Qui te puisse casser le cou.
Grand paresseux, grand fat, grand foui
Je SUIS Alecton l'infernale,
Et non pas cette martingale
Dont j'avais la forme et l'habit.
Je t'apporte ici dans ton lit
Gale, famine, guerre et peste,
Et la mort, que chacun déteste. »
Et puis, ce qui passait le jeu, Lui fit au nez un rot de feu, Ensuite une laide grimace.
Lui mettant face contre face.
Auprès de ce rot infernal, Coups de canon de l'Arsenal Sont coups d'arquebuse rouillée, Dont la poudre est moite ou mouillée.
Pour ce long discours d'ennemi, Turnus n'avait pas dédormi ; Bien est-il vrai que le pauvre homme N'avait pas dormi de bon somme.
Mais ce rot d'enfer, rude et chaud, Le fit réveiller en sursaut,