LIVRE PREI^TJER SI
Nous sommes les pauvres Troyen?.
Par les Grecs privés do nos biens;
Un très-impertinent orage
Nous a poussés en ce rivage.
A peine échappons-nous des eau?:,
Que vos sujets de nos vaisseaux
Ont voulu faire une grillade ;
Je ne sais si c'est par bravade, i
A tout le moins je sais fort bien
Que cette action ne vaut rien :
Cela passe la raillerie;
Empêchez-les-en, je vous prie.
Bon, si chez notre nation
Avec mauvaise intention
Nous étions venu mouiller l'ancre :
Nous serions noirs comme de rendra
Si nous étions ici venus,
Armés au dos et glaives nus,
Fouiller vos greniers et vos caves,
De vos gens faire des esclaves,
Forcer femmes, ravir enfants
Enlever tous vos éléphants,
Faire la guerre à toute outrance ;
Puis, sans faire la révérence
Et le moindre remercîment,
Gagner nos vaisseaux vitement.
"Une entreprise si hardie
Mériterait bien l'incendie,
Et, nous aj^ant tous assommés,
Vos gens n'en seraient pas blâmés.
Mais, au triste état où nous sommes,
Pauvres et misérables hommes.
Vaincus par les Grecs assassins.
Nous n'avons pas de tels desseins :
Loin de faire telle incartade,
Nous vous demandons la passade ;
Si vous nous la voulez donner^
Dieu vous en veuille guerdonner.
Nous ne voulons, grande princesse
Maintenant qu'amour et simplesse;
62 LE VIRGILE TEAVESTI
Le reste dépendra de vous.
Ne vous contraignez pas pour nous,
Et gardez-vous bien de nous faire
Une aumône non volontaire;
Vous seriez sotte en cramoisi.
Si vous nous la donniez ainsi.
Les Grecs appellent Hespérie
Une terre du ciel chérie ;
Les gens y sont mauvais garçons,
Et les champs en toutes façons
Donnent à ceux qui les cultivent
Tous les biens dont les hommes vivent;
Ce pays, aux temps anciens,
Fut celui des Enotriens;
Depuis, cette terre jolie
D'Italus s'appelait Italie.
SU faut vous franchement parler
C'est là que nous pensions aller,
Quand Orion porte-tempête.
Un astre sujet à sa tête,
Nous a pris en aversion
Sans en avoir occasion;
Nous a, par un vent de galeme, *
Secoués comme gens qu'on berne,
Et dans de grands vilains rochers
A bien fait jurer nos nochers.
Nos navires sont dispersées.
Ces quinze ou seize ramassées,
Qui viennent ici d'aborder,
Où Dieu les veuile bien garder,
Ne sont que la moindre partie
De la flotte bien assortie
D'armes et de provisions,
Que, lorsque les Grecs champions
Nous prirent tous à la pipée.
Nous avons en hâte équipée.
Qu'ils savaient bien ce qu'ils faisaient.
Les vents, alors qu'ils nous poussaient
Vers ces infortunés rivages !
Ils nous portaient vers les sauvages ;