‹ Le Virgile travestiChapitre 24 sur 218 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Ou si de notre roi perdu

Le corps vainement attendu,

Est mangé de quelque baleine.

Et de son fils l'attente est vaine,

Pour le moins qu'il nous soit permit,

Au lieu de ce pays promis,

D'aller chercher un autre asile

Chez Acestes, dans la Sicile,

Si tout ce qu'a dit le destin

De ce plaisant pays latin

N'est rien qu'une billevesée,

Dont on nous a l'âme abusée.

Un vrai conte à dormir debout,

Une chimère, et puis c'est tout.

Une franche imposture, en somme.

Dont un Dieu qui ment comme un homme

(Sauf son honneur, c'est Jupiter)

A voulu nos malheurs flatter. »

Ainsi finit Ilionée, Dont louange lui fat donnée Par quelques-uns des Tyriens; Car, pour dire vrai, les Troyens Eurent la cervelle étourdie D'une harangue si hardie.

Ils s'en mirent à bourdonner.

Quand la reine, sans s'étonner D'avoir une réponse à faire.

Ouvrit la bouche et les fit taire.

Voici tout, à ce qu'on me dit, Ce qui de sa bouche sortit Après avoir, tête penchée.

Un peu sa harangue ébauchée :

« Bonnes gens, n'ayez point de peur, Je vous jure par mon honneur.

Et ce n'est pas peu, quand j'y jure, Qu'on ne vous fera nulle iniure.

Une affaire longue à conter Me force de faire arrêter Ceux qu'on trouve portant rapières Aux environs de nos frontières.

En ce pays nouveaux venus,

Nous avons peur des inconnus ;

Le moindre vaisseau dans la plage

Nous donne aussitôt de l'ombrage,

Sans cela vous n'auriez de nous

Reçu la moitié tant de coups.

Je m'offrirais de les reprendre,

Si tant de coups se pouvaient rendre,

Sans qu'aucun, de votre côté,

En demeurât épousseté.

Je voudrais, pour vous satisfaire,

Que cette chose se pût faire,

Pouvoir révoquer le passé ;

Mais puisque aucun n'est trépassé,

Pour les épaules maltraitées

Emplâtres seront apprêtées,

Et vous aurez chacun un plat

D'un tres-suuverain oxicrat.

Je ne plaindrai point la dépense

Pour vous faire oublier l'oiiense.

Car qui n'a point ouï parler,

En quel pays n'a pu voler

De votre prince l'origine?

On sait partout qu'elle est divine,

Quoique issu d'un père mortel;

A sa mère on bâtit autel :

Toute femme qui s'abandonne

La reconnaît pour sa patronne.

Et dans notre calendrier

On ordonne de la prier.

Qui ne sait les causes données

D'une guerre de dix années?

Les gens de Tyr et de Sidon

Ne sont pas si^stupides, non.

On sait bientôt parmi les nôtres '

Ce qui se passe chez les autres.

Le soleil reluit dessus nous.

Aussi bien qu'il fait dessus vous.

Mais, soit que vous avez en têta

Du pays latin la conquête,

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