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LIVRE DEUXIÈME

Soit qu'il fût, comme tout peut être,

Par nos ennemis suborné.

Capis et les têtes plus saines

Lui dirent : ce Vos fièvres quartaines !

Il faut bien plutôt le brûler,

Au lieu de l'y faire rouler.

Le grand Jupiter nous en garde !

Que savons-nous ce qu'on nous garde

En ce gros ventre rebondi?

Encore une fois, je le di,

Ou je suis d'avis que l'on sonde

Cette machine si profonde,

Ou qu'avec de beaux charpentiers,

On me la mette par quartiers,

Ou qu'on lui donne la fumée

Avec paille mal allumée :

Les plus pressés éternueront,

Et les autres découvriront.

Grèce, ainsi sottement enclose,

Nous coûtera, fort peu de chose,

Et nous la pourrons étouffer v

Et du même temps nous chauffer. »

En cet embarrassant rencontre.

L'un fut pour et l'autre fut contre.

Là-dessus Laocoon vint.

Suivi de Troyens plus de vingt, Et, s'approchant de l'assemblée, Il cria d'une voix troublée :

« La peste voue casse le cou !

Je crois que tout le monde est fou.

Ou pour le moins en rêverie.

Quand vous auriez une écurie Bastante pour tel animal, L'y recevoir vous feriez mal.

Tout ceci n'est qu'un artifice.

Je connais trop l'esprit d'Ulysse, Pour croire que ce fin matois Ait ainsi dépensé du bois Seulement pour nous faire rire.

Cet ouvrage aue l'on admire

62 ■ LE VIRGILE rRAVfîSTI

Est quelque tour de l'ennemi,

Dang-ereux en diable et demi.

Le Grec, opiniâtre en mule,

Afin de mieux sauter recule;

Défions-nous de ses présents,

Très-dangereux, quoique plaisants.

Croire sottement leur retraite,

C'est avoir la tête mal faite :

Cette grande masse de bois,

Cet ouvrage de tant de mois.

Ce cheval à la riche taille,

Vient reconnaître la muraille.

Dans son ventre pour nos péchés,

Soldats sont peut-être cachés,

Qui, nous ayant coupé la gorge,

Gais comme des pourceaux dans l'orge^

Ou bien qui pissent dans du son,

D'une pitoyable façon

De tous nos biens feront ripaille.

Pour moi je n'attends rien qui vaille

Du Grec devenu libéral,

Ni de ce grand vilain cheval. »

Cela dit, d'une lance gaie, Il fit au cheval une plaie.

Son vaste ventre en retentit; Plus d'un Grégeois en émeutit, Car on a su depuis la chose.

Certes ce ne fut cas sans cause :

Ulysse a confessé depuis Que ce coup lui fit un pertuis Droit au beau milieu de la panse; Il en fut quitte pour la transe, Et pour s'écrier : « Je suis mort ! » Dont un chacun le blâma fort.

Il voua plus d'une chandelle Pour l'avoir échappé si belle.

Plus avant de quatre ou cinq doigts, Monseigneur le cheval de bois Allait servir de feu de joie A la délivrance de Troie.

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Ilium encore serait.

Et le bon Priam.rég-nerait.

Mais la fatale destinée

Avait notre perte ordonnée,

Et les habitants du cheval

Eurent plus de peur que de mal.

Un grand bruit fit tourner la tcte.

Et laisser cette grande bête A tout ce peuple irrésolu.

Un jeune homme de coups moulu, Et lié d'une grosse corde, Criant bien fort miséricorde, Par les pâtres qui l'avaient pris, A grande rumeur et grands cris, Etait amené vers la ville.

Ce Grec, des Grecs le plus habile, Et le plus propre à décevoir.

S'était premièrement fait voir, Et puis après laissé surprendre, Résolu de se faire pendre En homme d'honneur sans crier; Ou, par un tour de son métier, De donner notre pauvre Troie A ses concitoyens en proie.

Ces pâtres s'empressaient beaucoup,.

Pensant avoir fait un beau coup :

Hélas ! de ce beau coup qu'ils firent, Comme nous ils se ressentirent.

Ils mirent donc devant le roi Ce prisonnier tout hors de soi.

Ou du moins qui feignait de l'êtro.

Chacun s'approche de ce traître; A force de s'entrepousser.

On pensa le roi renverser.

Le matois, tout couvert de larmes, A Taspect de tant de gendarmes Qui demandaient à le berner.

Fit semblant de s'en étonner.

Priam, des hommes le plus sage.

Afin de lui donner courage,

Le délia, le rassura, Et tout le monde conjura Qu'on ne lui fît :iulle incartade.

11 en reçut une embrassade Entre lé" pied et ie genou:

Car de se jeter à son cou, Le drôle savait trop son monde.

Notre bon prince, à l'âme ronde, Faisait si peu du quant à moi, Que quand il aût fait, sur ma foi, Quelque chose encore de pire.

Le bon roi n'en eût fait que rire.

Le Grec, par ce trait de bonté, Parut comme ressuscité, Et puis (admirez son adresse.

Et jugez par cette finesse Combien les Grecs sont dangereux), Il dit, faisant bien le pleureux :

a Hélas! hélas! en quelle terre Ne trouverai-je point la guerre, Si je suis des amis chassé Et des ennemis menacé? d

Là-dessus il se mit à braire.

Priam, prince très-débonnaire, Sitôt qu'il le vit braire ainsi, Se mit bien fort à braire aussi.

Quelques Troyens, voyant leur maître Braire autant et plus "que ce traître, Afin de bien faire leur cour, Se mirent à braire à leur tour.

La pleurerie étant cessée, Et toute colère chassée Par cette lamentation, Chacun en eut compassion.

On l'exhorta de ne rien craindre.

Et de nous déclarer sans feindre Quel rang chez les Grecs il avait, Et tout ce que d'eux il savait.

Lors, les mains vers le ciel IiausséeSi Que les cordes avaient blessées,

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