LIVRE DEUXIÈME
Il dit en soupirant : a Sinon,
Si je m'en souviens, est mon nom;
Malgré fortune qui m'accable.
Quoique malheureux, véritable,
Je le fus jadis, je le suis,
Et serai toujours si je puis.
Du grand Palamedes l'histoire
Vous doit sans doute être notoire ;.
Son père, le brave Bélus,
Valait son pesant d'or et plus;
Sa femme était dame Elisenne.
L'avocat du roi de Mycène
Etait son père ; il avait nom
Aulides, homme de renom,
Et sa tante, dame Dorie. »
Priam dit : ce Laissons, je vous pri»,
En repos ce Palamedes,
Sa femme et son père Aulides,
Et nous racontez votre vie
Sans tant de généalogie.
— Bien, dit le traître, et grand merci. »
Et puis, il poursuivit ainsi :
(T A cause qu'il blâmait la guerre Qu'on venait faire en cette terre, Il fut des plus grands mal- voulu.
Par lesquels il fut résolu Qu'on en dépêcherait le monde.
Ulysse, en qui malice abonde Autant qu'en un singe vieilli, L'empoisonna dans du bouilli; On dit une poule bouillie, Autres disent de la bouillie :
Je ne sais pas en quoi ce fut, Mais tant y a qu'il en mourut.
J'en eus affliction mortelle, A cause de la parentelle.
Outre qu'étant très-pauvre né, Mon bon père m'avait donné Pour page à cet aimable maître :
Il me voulait du bien, pour être
Et mon parent et mon parrain.
Je ne pus cacher le chagrin Qui paraissait trop sur ma faCG ; Je fis menace sur menace :
Le méchant Ulysse en eut peur.
On savait que j'avais du cœur :
J'avais, dès mes jeunes années, Plusieurs bonnes preuves données Que je savais tirer du sang, Couper un bras, percer un flanc, Et faire une capilotade De qui m'eût fait une incartade. J'avais cent fois, dans le sang chaud, Juré dans notre camp tout haut Que je voulais faire une botte, Après le retour de la flotte.
Contre ce traître empoisonneur, Que j'appelais larron d'honneur.
Le méchant sut bien me le rendre, Ainsi que vous allez apprendre.
Il corrompit monsieur Calchas, Dont tous les Grecs faisaient grand cas. Et dont je ne fis pas grand compte Comme vous verrez par mon conte.
Ce Calchas était un bigot Pire que Goth ni Visigoth, Un grand faiseur de sacrifices.
Grand immolateur de génisses; Passe encore, mais il faisait Immoler ceux qu'il lui plaisait.
Ce bon devin, ami du crime, M'ayant marqué pour sa victime, A la prière d'Ulj'sses, Sans doute un vrai diable en procès,.
Admirez un peu ce qu'ils firent Et l'étrange chemin qu'ils prirent Afin de me faire mourir.
Ils firent sourdement courir Plusieurs bruits parmi le vulgaire.
Mon ennemi ne sortait guère