LIVRE DEUXIÈME
Qu'accompagné de ses valets Avec dag-ues et pistolets.
Mais qu'est-ce que je vous lanterne?
Qu'attendez-vous qu'on ne me berne?
Et, si c'est trop peu de berner, Qu'attend-on de m"assassiner?
De quoi vous importe une vie De tant de malheurs poursuivie?
Que vous importe si Sinon Est maltraité des Grecs ou non?
Sans doute Ulysse le perfide, Les Grecs et l'un et l'autre Atride Seront bientôt les grands amis De ceux qui m'auront à mort mis.
Faites-moi donc vitement pendre; J'enrage quand il faut attendre.
Mon estomac vous fait beau jeu :
Vous n'avez qu'à pousser un peu. »
Le traître, par cet artifice, Ajoutait poivre sur épice Au chaud désir que l'on avait D'apprendre ce qu'il controuvait.
On le caresse, on l'amadoue; Notre roi le baise à la joue :
Le bon seigneur aimait surtout Les contes à dormir debout.
Et, pour écouter une histoire.
Il eût, sans manger et sans boire, Demeuré tout le long d'un jour.
Nous tous, assemblés à l'entour, Avions pour le moins même envie D'apprendre cette belle vie.
Le drôle, qui le voyait bien, Feignant de ne craindre plus rien, Pria qu'on lui donnât à boire, Pour mieux achever son histoire; Priam quêta parmi nous tous Environ quinze ou seize sous.
Tandis qu'on alla quérir pinte, Il reprit son histoire feinte,
Et nous dit : ce Les Grecs confondus.
Ou, si vous voulez, morfondus Devant vos vaillantes murailles, N'avaient plus que des cœurs d ouailles. Au lieu de leurs cœurs de lions.
. Eux qui, de plusieurs Iliums Eussent cru la conquête aisée, Voyaient leur puissance épuisée Devant une seule Ilium.
D'infortunes un million, Peste, famine, et tant de pertes A souffrir outre les souffertes Par les soldats de Priamus, Les rendaient certes bien camus. Les soldats et les capitaines Tournaient la tète vers Mycènes, Soupiraient après le retour Qu'ils espéraient de jour en jour.
Les chefs, sans crédit ni puissance.
Les soldats, sans obéissance.
Les uns et les autres tout nus, Mal payés et mal reconnus.
Emplissaient le camp de murmures.
Au général disaient injures; Le pauvre petit froid au-cu Maudissait cent fois le cocu.
Comme aussi sa putain de femme Qui causait cette g-uerre infâme.
Si l'on leur en disait un mot.
Ils disaient : « Vous êtes un sot. j>
Cent fois le camp plia bagage, Et cent fois un cruel orage, Qui m^ promettait que la mort, Retint les navires au port, Entre autres, la rude tempête.
Et comme elle troubla la fête Que Ton fit quand, après six mois^ Fut ûài le cheval de bois !
Nos tentes furent renversées, Nos nefs dans le port fracassées^