‹ Le Virgile travestiChapitre 35 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Tout le vin du camp fut gâté,

Et tout le camp si maltraité,

Que chacun y ût sa prière.

N'attendant que l'heure dernière.

Qu'on eût eu bon marché de nous,

Et qu'il y faisait bon pour vous !

Les vaillants autant que les lâches

Pleuraient partout comme des vaches.

On n'entendait que des hélas !

Le franc cocu de Ménélas

Trembla bien fort en chaque membre,

Voyant le tonnerre en sa chambre

Qui son pot de chambre rompit :

Il en pissa de peur au lit.

On s'assemble sur ce prodige,

On s'en étonne, on s'en afflige.

Le pot de chambre visité,

On trouva qu'il avait été

Bien et dûment frappé du foudre :

Cela fit le conseil résoudre

D'envoyer vers monsieur Phœbus,

Qui ne parle que par rébus.

On choisit 1» «leur Euripile,

Homme en pareil cas fort habile,

Qui partit dès le lendemain

Pour Délos, bourdon à la main.

Voici, par une sarbacane.

Ce que lui dit, en voix de cane

La prophétesse, après avoir

Sur le trépied fait son devoir.

C'est-à-dire nue en chemise.

S'être longtemps tenue assise,

Ses deux jambes écarquillant :

Cela lui rend le sang bouillant.

Et lui fait bien enfler la gorge,

Tant le Dieu dont elle regorge

Lui rend le dedans confondu

Jusqu'à tant qu'elle Tait rendu.

Mais, bien mieux que moi qui trop cause,

Vous savez peut-être la chose.

Voici ce qui fut rapporté

De la part du Dieu consulté :

« Devant que de vous mettre en voie

Pour venir camper devant Troie,

Il vous a fallu sang humain

Pour vous rendre le ciel humain;

"Votre heureux retour en la Grèce

Doit s'acheter en même espèce :

Une vierg-e il vous a coûté ;

Un homme doit être traité,

Sans différer, de même sorte.

Ou que le diable vous emporte.

Ce qu'assurément il fera,

Car telle est notre... « et cœtera.

A cet oracle épouvantable, On vit bien que le misérable Ne pouvait être autre, sinon Le pauvre infortuné Sinon.

Calchas, étant ami d'Ulj^sse, Et de plusieurs crimes compliCG, Et parce que c'était Calchas Qu'on consultait en pareil cas, Ulj'sse en public lui demande Qu'il déclare tout haut roffrand-3 Dont on doit apaiser les Dieux.

L'hypocrite, baissant les j^eux, Conjure que l'on lui pardonne S'il ne veut déclarer personne.

Et quil aime bien mieux mourir Que de faire un homme périr.

Ulysse len blâme; il s'en fâche.

Ulysse l'en presse ; il se cache, Durant dix jours ne paraît plus, Chez le même Ulysse reclus.

Un jour, comme par violence, Ulysse l'amène en présence Des princes grégeois assemblés, Tant de son absence troublés Que de prodiges à centaines Qui leur causaient fièvres quartaines.

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