‹ Le Virgile travestiChapitre 44 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Et moins encore certains coups

Qui font au corps de vilains trous.

Pour moi, je n"avais autre envie

Que de perdre bientôt la vie ;

Mais certes j'eusse désiré

Que c'eût été dun coup fourré,

Et Qu'en recevant la mort blême,

Je la pusse donner de même

A quelques-uns de ces méchants

Qui m'ont tant fait courir les champs.

Je marchais donc de grand courage,

La larme aux yeux, au cœur la rage,

Quand je vis venir plein d'effroi

Panthus qui s'en venait chez moi.

Ce Panthus de la citadelle

Etait le gardien fidèle,

De Phébus sacrificateur,

Et passable gladiateur.

Le pauvre homme marchait à peins-,

Aj^ant quasi perdu llialeine

a" force de crier : Au feu!

Il portait son petit neveu

Et tous nos dieux en une hotte.

Sitôt qu'il me voit, il sanglote,

Et puis me dit tout éperdu :

« Maître ^neas, tout est perdu.

— Qu'avez-vous, mon pauvre Otriade?

Lui dis-je. — Les Grecs font grillade De notre vaillante cité,

Me dit-il; nous avons été Les Troyens, maintenant nous sommes Francs faquins. — Où sont tous vos hommes Lui dis-je, et qu'en avez-vous fait?

— Je n'en suis pas bien satisfait :

Ils ont perdu la citadelle.

J'en suis sorti par une échelle, Tous nos dieux chargés sur mon cou.

Lors je lui dis à demi fou :

Notre citadelle est donc prise?

— Hélas ! oui, brave fids d'Anchise.

110 LE VlRGllE TRAVESTI

Me dit ce prêtre de Phébus ;

Elle est prise, et c'est un abus

D'espérer y faire retraite.

La garnison en est défaite,

Et pour moi, qui la commandais,

Voyant bien que .je me perdais

Si je contestais davantage,

J'ai fui comme un homme bien sage;

Non tant pour la crainte des coups

Que pour mourir auprès de vou?.

Cette machine, cette rosse,

Non sans sujet était si grosse :

Elle était pleine de soudards

Qui ne sont que de vrais pendards ;

Ces voleurs de nuit, dagues nues,

Sont dans toutes les avenues,

Assommant qui pense passer,

Ou l'envoyant faire panser.

Ces méchants non-seulement volent,

Mais frappent, tuent et violent;

Puis après, en chaque maison,

Ils mettent le feu sans raison.

Et je crois que c'est par malice.

De plus. Sinon est leur complice,

Ce Sinon que l'on vit hier

Si piteusement larmoyer,

Et qui pire qu'un crocodile

Aujourd'hui pille notre viUe.

Jupiter, sans doute irrité,

S'est tourné de l'autre côté.

Notre pauvre ville de Troie

Est de nos ennemis la proie

Et les principaux des Troyens

Sont morts, ou bien dans les liens.

— Votre discours trop nous amuse;

Cherchons la mort, quoique camuse :

Mais il faut la donner aussi

A c.Aix qui nous traitent ainsi. »

Ayant dit ces tristes paroles.

Que quelques-uns trouvèrent folles

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