‹ Le Virgile travestiChapitre 48 sur 218 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Du pauvre capitaine grée Dont j'avais balafré le bec :

Sur son timbre, au lieu de panache, Il portait deux cornes de yacbe.

Riphée et Dymas, comme il bt, Changèrent d'armes et d habit.

Ainsi que lui font tous les nôtres.

Je m'arme aussi comme les autres Et de Troyens Grecs devenus, Nous allâmes, les glaives nus, , (Mais certes les dieux bien contraires). Chercher nos cruels adversaires.

Nous ne fûmes pas trop longtemps Sans en avoir le passe-temps; Effrontément nous nous mêlâmes Parmi ceux que nous rencontrâmes, Et puis, quand il fut àproi.os De la part de dame Atropos, Nous portâmes dans leurs posteras Des estocades mortifères, Et disions : « Je n y pensais pas », Quand, portant trop haut ou trop bas, Nous n'ajustions pas bien la botte.

L'invention n'était pas sotte.

Mais, malgré les dieux et leurs dents.

Les mortels sont bien imprudents De penser faire quelque chose :

L'homme propose et Dieu dispose.

Ainsi toute l'occisicn Fut à notre confusion, , Et nous gâtâmes notre affaire Pour en avoir voulu trop faire.

Ceux qui nous venaient rire au nez.

Se trouvaient bien fort étonnés.

Quand, au lieu d'avoir des caresses.

Les coups de nos da-ues traîtresses Leur faisaient voir bien clairement • Que nous n'allions pas rondement.

Les Grecs qui de nous échappèrent Parmi les Grecs nous décrièrent.

lis LE YIRGILE TSAVESTI

Si bien qu'ils s'enfuyaient de nnn« Comme font les brebis des louns Quelques-uns, faute de couS S en allèrent jusqu'au rivage^ ' Se recacher dans leurs Y^fsleau^ • Autres, de peur de nos loutef^^^ Se remirent dans la macbine ' i^dr le grand trou de son échinp Ou 1 ecbelle encore tenait, ^"^'^ -tant la frayeur les talonnait.

Oifp^fpi'p^''^ ^^ P^^^^^'e Cassandre, Que les Grecs venaient de suroreAdpp Dans le samt temple de Pallas ^^®

T n +?^^^'^.' ^^s plus méchants du mondP

La tramaient par sa tresse blonde '

Elle leyait au ciel les yeux

J-es yeux, car ces mal gracieux

Dun gros cordon de chene^dèr?

Avaient garrotté par derrière

i)e plusieurs nœuds ses pauvres br«Q

Si beaux, si blancs, si gros si Iras '

Fnf f K^ ^''f}^-'^ lamentable ^'^'•

Ti tÎo r.^?^^"^-^^ insupportable ;

il ne put voir ainsi traîner

Sa maîtresse sans dégainer.

Sur les ennemis il se darde,

Qui ne s en donnent pas de garde

rk ^^""f, ^^^^ demander congé '

Chamaille comme un enrao-e^ '

i ont de même qu'il fit, nous fîmpa

Les attaquâmes^ les battîmes - '

Ils furent bientôt déconfits '

i^ar les grands exploits que je fis

^L''p,?.P^^ P^^' ^^ ^^^t. oreillis Si^biPr?."^^ ^^ P^"^ ^t merveilles.

Si bien que, voulussent ou non Sur les soldats d'AgamemnSn Nous regagnâmes fa capSve Tremblante et plus morte que vive

LIVBE DEUXIÈME 116

Mais par un coup d'adversité Ce beau fait d'armes fut gâté :

Au haut du temple, dont les portes, Pour être massives et fortes, Avaient aux Grégeois résisté, Un grand nombre s'était jeté Des pauvres citoyens de Troie.

Là, pensant garder notre proie.

Nous nous sentîmes d'eux chargés Déçus par nos harnois changés.

Ils nous versèrent sur les membres Plusieurs bassins et pots de chambres, Item, pierres, bâtons, cailloux, Et nous accablèrent de coups.

Ainsi notre ruse de guerre Nous attira ce grand tonnerre.

Mais certes jamais un guignon N'arrive sans son compagnon :

Les Grecs, nonobstant nos panaches.

Connurent nos brutes moustaches, Et qu'assurément nous étions Autres que nous ne paraissions.

Et de vrai, notre procédure Pour les Grecs était un peu dure, Et, n' avant pas fait seulement Le moindre chétif compliment En enlevant dame Cassandre, Il était aisé de comprendre ^ Que nous nous étions ainsi mis Les armes de nos ennemis Pour quelque entreprise notable.

Cela fut trouvé vraisemblable, Et, pour éviter tout danger, On eut ordre de nous charger; Outre que la dame enlevée, Par quelques-uns des Grecs trouvée Belle à faire courir les champs.

Les rendait encor plus méchants.^ Les voilà dessus nous qui fondeni, Nous les oyons venir qui grondent t

D'un côté vient le grand Ajax,

Fier comme le milord Fairfax ;

Ce l'autre côté les Atrides

Et les Dolopes homicides.

Nous frappons sur eux, eux sur nous.

Nous nous entre-assommons de coups.

La chose est fort peu différente Du fracas de quelque tourmente, Lorsque tous les vents déchaînés.

Et l'un contre l'autre acharnés, S'entre-font sur mer et sur terre, En soufflant, une rude guerre; Sur mer font danser les vaisseaux, Sur terre tomber les chapeaux.

Dieu sait s'ils enflent bien les joues, Et s'ils font de plaisantes moues.

Ils ont pour clairons enroués Le bruit des arbres .-ecoués.

Cependant l'humide Nérée Court partout, la face eflarée De voir tout son pays salé Par ces chiens de vents boursoufflé.

Les vents Eure, Note et Zéphire S'ébouflent^ mais non pas de rire, Oui bien à force de souffler.

Ce qui fait leurs giffles enfler.

Autres vents dont les noms j'ignore (Car je sais qu'il en est encore, Outre ceux que j'ai pu nommer, Plus de vingt sur terre et sur mer).

Tantôt à force de soufflades, Le gagnent sur leurs camarades, Et tantôt sont d'eux ressoufflés, Lâchant le pied fort essoufflés.

Tout de même nous tous ensemble, Grégeois et Troyens, ce me semble.

Poussant, et puis étant poussés.

Blessant, et puis étant blessés, Et faisant à l'envi carnage.

Ressemblons fort bien à l'orage

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