‹ Le Virgile travestiChapitre 49 sur 218 · LIVRÉ DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRÉ DEUXIÈME

Dont je viens de faire un portrait Qui, me semble, est assez mal fait.

- Mais reprenons notre mêlée.

Chorèbe fut de Pénelée En quatre ou cinq coups dépêcné; L'autel de son sang fut taché.

Près de lui chut aussi Pvyphée, Dun démesuré coup d'épée Qui lui fendit tout le côté Sans respecter sa probité.

Dymas chut d"un coup d arbalète; D'Hypanis on fendit la tête, Et Panthus. quoique homme pieux Et sacrificateur des dieux, Perdit son sang par une artère ; Nonobstant son saint caractère Et son benoît bonnet carré, Ce grand coup lui fut desserre.

La mort beaucoup d'autres empoigne; Que maudite soit la carogne Tant et tant elle en attrappa!

Si maître Enée en échappa, 0 chères personnes grillées I Chères cendres éparpillées!

Je veux bien vous prendre à témoin Si ce ne fut mon plus grand soin D"avoir aussi quelque venue, Et si je n'allai, dague nue, Partout où l'on frappait bien fort.

Afin de recevoir la mort ; Mais les Destins ne le voulurent, Et malgré moi me secoururent !

Le vieil Iphitus, comme moi.

Je ne vous puis dire pourquoi, N'ayant plus qu'une dent en bouche, Fut lors préservé de la touche.

Aussi fut Pélias le bon, Fort incommodé d'un jambon, Pour un trou qu'autrefois Ulysse Lui fit par derrière en la cuisse.

Partant, peu propre et mal dispos A se garantir d'Atropos.

Mais pour une raison cacliée Notre chair ne fut point touchée :

Nous nous trouvâmes hors de là.

Le ciel sans doute s'en mêla Et voulut prendre la conduite De notre troupe à trois réduite.

Lors un bruit de cris et de coups Du palais royal jusqu à nous Se faisait aisément entendre; Les Grecs l'assiégeaient pour le prendre, Et les Troyens désespérés, En ce dernier lieu resserrés, Tâchaient de vendre cher leurs vies, Et de leurs femelles ravies Par quelque grande occision Venger la constupration.

Quelques Grecs plantaient des échelles; Autres mettaient bancs sur bancelles; Bancs et soldats se répandaient Quand d'en haut cailloux descendaient.

Grimpant comme chats contre un arbre, Ils se coulent le long dh marbre.

De la main gauche se couvrant, Et de la droite assaut livrant Aux défenseurs de la muraille.

Un carreau de pierre de taille Par un soldat est empoigné, Auquel le bras étant rogné. Le pauvre malheureux soudrille Tombe, s'accroche à une grille, Et demeure là suspendu, Criant en grec : «Je suis perdu»!

Les Troyens de tout font des armes, Et, non'^sans répandre des larmes, Jettent contre ces inhumains Ce qui se trouve sous leurs mains Un Grec eut la tête cassée D'un coup de la chaise percée

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Du roi Priam; mais ce malheur Fut récompensé par l'honneur.

Chevrons dorés, poutres dorées, Ne sont non plus considérées Qu'un gros bâton, bûche ou fagot.

Un caillou va comme un lingot.

Chaises, fauteuils, tables, bancelles, Vases, cabinets, plats, vaisselles, Bref, tous les meubles précieux.

Jusqu'aux simulacres des dieux, A la foule se viennent rendre Au soldat qui vient pour les prend^-e, Mais plus vite qu'il ne voudroit.

Je savais un certain endroit Où, par une porte secrète.

On pouvait entrer en cachette Et sortir sans être aperçu.

Ce lieu de tous n'était pas su :

C'est par là que dame Andromaque,

Devant cette funeste attaque.

Le vieil beau-père visitait,

Son Astyanax lui portait,

Dont dame Hécube était ravie :

Elle l'aimait plus que sa vie;

Quand petit encore il était

En ses bras souvent le portait,

Et souvent de ses mains royales,

Lui remuait ses langes sales,

Et cette bonne mère-grand,

Quand il devint un peu plus grand.

Faisait avec lui la badine,

L'entretenait de Mélusine,

De Peau-d'Ane et de Fierabras,

Et de cent autres vieux fatras.

Cet enfant était son idole,

Et la vieille en était si folle, •

Qu'avec lui troussant hoqueton,

Entre les jambes un bâton,

Elle courait la prétentaine

Jusqu'à perdre souvent l'haleine,

Andromaque s'en tourmentait, Connaissant bien qu'on le gâtait.

Priam, le voyant à toute heure S'empilïrant de pain et de beurre, Disait avec sévérité :

« Ce sera quelque enfant gâté. »

Hécube n'en faisait que rire, Et sa mère n'osait rien dire.

C'est assez parlé de cela.

Ce fut par cette porte-là Que dans le palais nous entrâmes.

Sans être aperçus nous montâmes Par un escalier dérobé, En un lieu fait comme un jubé.

J'y trouvai des gens de tous âges Qui vouaient des pèlerinages :

Notre abord les encouragea, Et pas un d'eux iilus ne songea Qu'à vendre chèrement sa vie.

Pour moi, qui n'avais autre envie Que de jouer aux Grecs un tour, Près de moi je vis une tour Dont pouvait, étant renversée.

Mainte tète être concassée Et maints bras être disloqués De ceux qui nous tenaient bloqués.

De quatre piliers soutenue, Elle se moquait de la nue, Comme aurait fait un gros écueil :

Tout y semblait petit à l'œil, Et de là, Priam au nez croche, Avec des lunettes d'approche, ' Souvent sur mer épiloguait L'ennemi qui sur mer voguait.

Là, l'on voyait toute la plaine ; Là, souvent, quand elle était pleine De Grecs et Troyens combattants (Hélas! le maigre passe-temps!).

Les dames et vieillards de Troie Venaient, non pas à grande joie.

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