‹ Le Virgile travestiChapitre 53 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

La plus superbe des cités.

Après tant de prospérités

Qui le rendaient considérable,

Gît mort étendu sur le sable.

Ce grand monarque des Troyens,

Après la ruine des siens.

N'a pas seulement sépulture,"

Et fait des oiseaux la pâture ;

Bref, le plus grand roi qui fut onc

N'est plus rien qu'un grand vilain trône.

Cet extrême malheur des autres Me fit souvenir que les nôtres Par moi laissés en la maison, En une pareille saison, Pourraient bien avoir fin pareille; Lors je dis, me grattant l'oreille :

« Autant il nous en pend à l'œil ; Il me faudra porter le deuil De mon père et de ma Creuse.

L'un et l'autre à bon droit m'accuse, Et d'être un fils sans amitié, Et de n'aimer pas ma moitié, Et mon fils, de qui tant j'espère, Donne au diable monsieur son père.

Allons donc mourir auprès d'eux.

Le trépas, ailleurs très-hideux, Me sera là très-agréable, Ou pour le moins très-honorable.

Corps d'homme n'était avec moi, ' Les uns m'avaient quitté d'efîroi, Plusieurs avaient perdu la vie.

Auxquels je portai grande envie, Et si lors je ne me défis, Mon père, ma femme et mon fils En furent, et non autre chose, La légitime et seule cause.

Mais un objet qui me fâcha D'aller plus outre m'empêcha ; Je vis dans le temple de Veste Des Troyens la fatale peste,

Dont chaque mari fut un sot, Qui se cachait sans dire mot; Je veux dire la fausse Hélène, Si funeste à la gent troyenne.

Redoutant le juste courroux Et des Grecs et de son époux.

Elle s'était là retirée Toute seule, et mal assurée.

Lors je dis : <i La louve qu'elle est (Dieu me pardonne, s'il lui plaît !) Reverra la Lacédémone, Et là portera la couronne, Tandis que des pauvres Troyens, Ou brûlés, ou mangés des chiens, Il ne restera sur la terre Que ceux qu'y laissera la guerre, Pour mourir de froid et de faim, Et pour j demander leur pain.

Non, non. la raison me conseille De couDer le nez et l'oreille A cette maudite putain.

A ce malencontreux lutin, Oui tant de sang a fait répandre, Par qui notre ville est en cendre.

Et les Troyens morts ou captifs.

Hormis ceux qai sont fugitifs.

Dieu sait comme elle fera pièce, Quand elle sera dans la Grèce, De Priam et de ses enfants, Et fera rire à nos dépens Les destructeurs de notre empire; Je pense déjà l'ouïr rire, Et bien faire le goguenard, Ménélaûs, le franc cornardi Elle a causé notre ruine :

Elle en perdra nez et narine :

Oui, je m'en vais lui retrancher La peine do se plus mouchen Il est vrai frapper une femmfe A bien quelque chose d'infâme :

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