‹ Le Virgile travestiChapitre 54 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

J'en puis être d'aucuns blâmé,

Mais aussi serai-je estimé

D'avoir puni cette coureuse,

Aux siens comme à nous dangereuse. »

Cela dit, j'allais l'empoig-ner

Pour oreille et nez lui ro^-ner.

Quand la déesse de Cythère,

Ma très-belle et très-bonne mère.

Me donna bien fort sur les doigts

De la main dont je prétendois

Saisir au collet la Spanaine.

Cette apparition soudaine

Non pour un peu m'emplit d'etïroi;

Car elle parut devant moi

Comme chose de ciel tombée,

Et non pas à 'a dérobée,

Ou ne se rr. -ant qu'à demi.

Comme d'autres fois, endormi,

Confusément je l'avais vue ;

Mais alai's elle était pourvue

De tous les célestes appas

Que les hommes mortels n'ont pas.

Ce coup, dont ma main fut cinglée.

Et dont j'eus l'àme un peu troublée.

Me fit dire, en çiuoi j'eus g-rand tort.

Certain mot qui l'offensa fort.

Elle me dit, rouge en visage ,

« Vraiment, je vous croyais plus sage;

Fi! fl! je ne vous aime plus.

— Je suis de quatre doigts perclus, Lui dis-je, et qui diable ne jure Alors qu'on reçoit telle injure?

— Eh bien, ne'jurez donc jamais, Dit-elle. — Je vous ie promets, Lui dis-je et trêve de noussine, Car il n'est divin ni divine,

A qui, s'il m'en faisait autant, Je ne le rendisse à l'instant.

— Songez que je suis votre mère.

Me reypartit-elle en colère,

Et parlez moins, ou parlez mieux.

Vous faites bien le furieux Contre une femme désarmée :

Quand bien vous l'auriez assommée, Seriez-vous mieux d'un quart d'écu?

"Vous nommez son mari cocu, Avez- vous manié sa tète?

Est-il cornu comme une bête?

Dites-moi, seriez-vous content S'il en disait de vous autant, Méchant fanfaron que vous êtes?

Vous ne savez ce que vous faites.

Vous auriez bien plus de raison De retourner à la maison Secourir votre pauvre père, Qui sans doute se désespère, Non tant des Troyens déconfits Que de Creuse et de son fils.

Ce cher fils, cette chère femme, A qui, sans moi, le Grec infâme Aurait pis fait qu'aux pauvres geni Ne font les diables de sergens.

Vous accusez la pauvre Hélène D'avoir perdu la gent troyenne, Vous n'êtes qu'un mal avisé, Vous vous prenez au plus aisé ; Le destin seul en est la cause.

Qui de nos dieux mêmes dispose.

Tout dépend de sa volonté ; Il a dès longtemps arrêté Que la grande ville de Troie Serait faite des Grecs la proie.

A moins que d'être illuminés.

Les mortels plus loin que leur nez Ne peuvent jamais voir les choses, Bien loin d'en connaître les causes :

Qu'ainsi ne soit, présentement Vous ne pourriez voir nullement, Si je ne dissipais la nue Qui vous en empêche la vue,

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