‹ Le Virgile travestiChapitre 55 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

Le dieu qui porte le trident

A perdre votre ville ardent.

Voyez comme il égale aux herbes

Les bâtiments les plus superbes !

Si bien il la démolira,

Que Troie en Troie on cherchera.

Junon, la cotte retroussée,

Paraît sur la porte de Scée,

Qu'elle vient de mettre dedans,

Couverte de fers jusqu'aux dents.

Oyez un peu comme elle crie.

Et comme avec sa voix de truie,

Que l'on entend jusqu'à la mer,

Elle s'efforce d'animer

Le soldat qui, selon sa rage,

N'est pas assez âpre au pillage.

Voyez la méchante Pallas,

Branlant son large coutelas

Sur le haut de la citadelle ;

Voyez comme cette pucelle,

D'une pitoyable façon.

Mieux que'^ne ferait un maçon,

Démolit, sape, brise, taille,

La plus grosse et forte muraille,

Elle sécnauffe en son harnois :

Ainsi, quand il abat des noix,

Le corbeau qui n'est qu'une bête,

Travaille de cul et de" tête.

Sa Gorgone aux crins de serpens,

Face large de deux empans,

Fait une vilaine grimace,

A qui la regarde à la face.

Jupiter, père de nous tous,

Se déclare aussi contre vous,

Et donne un esprit de pillasre

Aux Grecs dont il croît le courage;

Et n'est pas que le bon seigneur,

Quoique d'ailleurs homme d'honneur,

N'ait dérobé quelque chosette.

Pour régaler quelque coquette.

Certes j'en ai l'esprit marri, Mais, jusqu'à mon sot de mari, Il n'est, de la céleste bande.

Divinité petite ou grande, Qui contre la pauvre cité Ne fasse acte d hostilité.

Fuyez donc, je vous en conjure.

Ne vous piquez point de bravure; Il fuit ici mauvais pour vous, Vous n'y gagnerez que des coups.

San^ moi. votre pauvre famille Sentirait la main du soudrille, Mai;- jusqu'ici, par mon moyen, Le choses y vont assez bien.

PïDser T?moïitev 'iMV >-a \?yte, C'est vouloir se rompre la tête.

Allez, je vous protégerai; Près de vous toujours je serai. Lorsque vous serez en ma garde.

Au diable si 1 on vous regarde, Bien loin de vous oser toucher :

M»is vite, il se faut dépêcher. »

Elle n en dit pas davantage, Et puis se couvrit d'un nuage.

Lors je vis que de la cité Elle m'avait dit vérité :

Je vis partout objets funestes, Je vis aussi les dieux célestes D'ime extraordinaire grandeur.

Dont je n'eus pas petite peur.

Parmi ces personnes divines, J'en vis de très-mauvaises mineSt Pour lesquelles, sans passion, J'aurais bientôt aversion.

0 Dieu! l'épouvantable image.

Qu'une ville mise au pillage !

On ne voit que piller, brûler.

Sur les cendres le sang couler.

Soldats qui tuent, gens qui meurent, Peu qui rient, beaucoup qui pleurent,

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