‹ Le Virgile travestiChapitre 57 sur 218 · LIVRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME

(Si les Troyens brûlaient leurs morts,

Au lieu d'en enterrer les corps,

Le poëte ici s'entre-taille ;

Mais, ô bon lecteur! tout coup vaille,

Il importe peu que S marron

Altère quelquefois Maron.)

Revenons à messire Anchise :

« Quand on a la perruque grise, Ajouta-t-il. on ne doit pas Redouter beaucoup le trépas.

Vieil, cassé, malpropre à la guerre, J« ne sers de rien sur la terre Spectre qui n"ai plus que la voix, J'y suis un inutile poids, Depuis le temps que de son foudre Jupin me voulut mettre en poudre.

Depuis le temps qu'il m'effraya, Ce grand Dieu, qui me giboya Par une vengeance secrète ; Mais je suis personne discrète, Je n'en dirai point le sujet :

Suffit que j'aurais eu mon fait, Sans Vénus qui sauva ma vie.

J'ai depuis eu cent fois envie De m'aller pendre un beau matin.

Et finir mon chien de destin.

Laissez-moi donc mourir à l'aise, Et, si l'on m'aime, qu'on se taise. »

Voilà ce qu'il dit obstiné, Dont je fus plus que forcené.

Ma chère Creuse le prie, Mon fils lulus pleure et crie ; Mais c'était, tant il était dur.

Se donner du froD^ contre un mur.

« Ah ! ma foi, monsieur mon beau-père, Lui dit notre femme en colère, Vous viendrez ou direz pourquoi :

Vous faites bien du quant à moi. »

Autant lui dit le jeune Iule.

Mon père, opiniâtre en mule,

Au lieu de leur parler françois,

Se mit à badiner des doigts.

Je dis alors : « Çà, çà, qu'on meure»

Il le faut, et quand ? tout à l'heure,

"Vous laisserai-je ainsi périr

Sans même fortune courir?

N'en déplaise à mon père AncMse

(Mais dessous sa perruque grise

Il loge fort peu de raison),

Troie encore en notre maison

Pouvait trouver quelque ressource.

Grâce à Dieu, j'ai fort bonne bourse s

En quelque pays étranger

Nous eussions eu de quoi manger.

Mais en votre philosophie,

Qui n'est qu'une pure folie,

Vous avez cru qu'être assommé

Etait mourir bien estimé.

Vous avez une sotte envie :

On en a pour toute sa vie.

Quand ou est dans le monument

Une minute seulement.

Pyrrhus ne tardera plus guère :

Sans doute, à la moindre prière,

De son bras vous serez servi.

Je crois bien qu'il sera ravi -^

De tuer toute une famille

De sa dague faite en faucille;

Comment il se gobergera,

Quand ensemble il égorgera

Femme, mari, père, grand-père,

L'enfant et madame sa mère!

Ah! vraiment, ma mère Vénus,

Tous vos beaux arguments cornus

Pour me persuader de vivre

Et pour m'obliger à vous suivre,

N'étaient donc que pour m'attraper?

Je ne m'y laisse plus duper.

Vite qu'on me donne mes armes.

Je veux aussi coûter des larmes

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